Décembre 2025
♦ Les hommes de Pierre Loti : un père, deux noms, trois fils Samuel, Raymond et Edmond

SÉRIE 7/7. La vie de Loti fut un roman, sa paternité aussi. Non content de son fils légitime, Samuel, que lui donna Blanche, il se créa une descendance basque avec Crucita qui mit au monde Raymond et Edmond
Si Loti était connu pour être ami et amant, on ne peut pas dire qu’il fut un époux modèle et encore moins un père né, ni un éleveur d’enfant. Pourtant, il eut quatre fils, mais comme le personnage est fantasque, la filiation n’est pas limpide.
Sur cette progéniture, un seul garçon a été reconnu par son père, c’est Samuel Viaud, fruit du mariage de Julien Viaud, le vrai nom de Loti, et de son épouse Blanche Franc de Ferrière. Les trois autres, Raymond, Edmond et Léo Gainza, tous nés de père inconnu, portent le nom de leur mère Crucita, l’« épouse » basque de l’écrivain bigame. Cloisonnée au départ, la fratrie finira par se connaître, mais sans jamais appartenir au même monde.
Samuel, l’officiel et l’héritier
Commençons par l’histoire officielle. Le 17 mars 1889 naît Samuel Viaud. Le petit, fils d’un lieutenant de vaisseau et bientôt académicien et d’une mère au nom à particule, est bien né. Il a droit à un faire-part de naissance en lettres gothiques façon enluminure. Rien n’est trop beau pour celui qui va assurer la descendance des Viaud. Loti l’amène avec lui à Hendaye avec ses amis, Gueffier ou Osman Daney, mais il ne lui ressemble pas assez. Il l’aurait voulu plus beau, plus fort, plus intelligent. Bref, il a un intérêt distant pour le petit Sam qu’il prendra en affection sur ses vieux jours et en 14-18.
Le faire-part annonçant la naissance du fils légitime Samuel Viaud le 17 mars 1889.Fonds Viaud-Bérail / MÉDIATHÈQUE DE ROCHEFORT OCÉAN
Samuel habillé en petit mousse.MUSÉES MUNICIPAUX ROCHEFORT 17
Lettre du 1er août 1901 envoyé à Samuel par Osman Daney commençant par « Mon cher petit Sam ».Fonds Viaud-Bérail / MÉDIATHÈQUE DE ROCHEFORT OCÉAN
Samuel sur l’escarpolette.MUSÉES MUNICIPAUX ROCHEFORT 17
Samuel ou l’enfance dorée d’un fils de famille.MUSÉES MUNICIPAUX ROCHEFORT 17
Devenu maréchal des logis d’artillerie pendant la Grande Guerre, le fils remonte-t-il dans l’estime de son père ? Sur le front de Champagne, où Loti le visitera, et dans l’Aisne, il est un sous-officier courageux et dévoué. Ces services lui vaudront la Croix de guerre et le titre de chevalier de la Légion d’honneur. En 1920, Samuel épouse Elsie, fille de l’Amiral Charlier qui fut préfet maritime de Rochefort, dont il aura deux fils : Pierre né en 1921, puis Jacques né en 1926, qui assureront à eux deux une belle descendance.

On ne peut pas dire que Samuel travaille. Les droits d’auteur de son père lui rapportent gros jusqu’aux années 1950. Il a écrit un peu avec son père pour « Un jeune officier pauvre », paru en 1923 ; il écrira à nouveau « La Famille de Pierre Loti ou l’éducation passionnée » avec Odette Valence en 1940 et établira le texte très arrangé de deux volumes du « Journal intime » de son père.
♦ Les hommes de Pierre Loti : Gaston Mauberger, le secrétaire et le gardien de la mémoire

SÉRIE 6/7. Déjà avocat et journaliste à Rochefort, Gaston Mauberger fut le secrétaire particulier de Loti pendant vingt ans. Et le témoin privilégié de son intimité
S’il est un homme qui partagea l’intimité de Pierre Loti, c’est bien Gaston Mauberger. Secrétaire particulier de l’écrivain, il passa vingt ans à ses côtés à répondre aux courriers, aux sollicitations extérieures et à régler les formalités du quotidien. Témoin privilégié d’un Loti qui écrit, parle, se confie, rit ou s’énerve, l’employé dévoué et lettré lui aussi prenait sans cesse des notes, encore précieuses aujourd’hui pour quiconque veut percer la personnalité de l’homme aux mille facettes. Pour autant, ce collaborateur discret ne dévoilera rien de la vie très privée de son fantasque employeur : « zélateur point délateur », écrit Alain Quella-Villéger, grand spécialiste de Loti et auteur de « Dans l’intimité de Pierre Loti, 1903-1923 : témoignage inédit de son secrétaire particulier Gaston Mauberger » aux Éditions Le Croît vif (2003).
Un avocat lettré
Pas plus que Pierre Scoarnec, Edmond Gueffier ou Osman Daney, Gaston Mauberger n’avait prévu de croiser un jour la route de Pierre Loti. Né à Parthenay le 26 mars 1864, il passe son bachot classique à Poitiers puis y fait son droit. Avant même de prêter le serment d’avocat en 1890, l’étudiant républicain et patriote s’essaie déjà à l’écriture de nouvelles entre autres.
Il s’inscrit au barreau de Rochefort en mai 1891. Marié à une Londonienne, Emma Griffiths, qui va lui donner trois enfants, il habitera toute sa vie au 39, rue de la Barrière (actuelle rue du 4 septembre). Il plaide au palais mais, en homme cultivé et érudit, il s’intéresse à la littérature, à l’histoire régionale de l’Aunis et de la Saintonge. Collaborateur de journaux locaux et membre de l’Amicale de la presse, il écrit sans cesse des articles jusqu’à devenir correspondant du “Figaro” en 1899. « J’ai beaucoup de travail […] du matin au soir, j’écris, j’écris, j’écris », écrit-il. Affable, calme, sensible, simple et dévoué, franc et bienveillant, droit et de bon sens, ce que l’on retient le plus chez lui, c’est « sa modestie rare », selon Quella.

[...]
♦ Les hommes de Pierre Loti : Osman Daney, serviteur au grand cœur et ami fidèle jusqu’à la mort

SÉRIE 5/7. Osman Daney fut serviteur de l’officier et de l’écrivain, mais surtout ami de l’homme qu’il fréquenta jusqu’à la fin et admira avec reconnaissance
Comme Scoarnec et Gueffier, Osman Daney fait partie des matelot qui deviendront ordonnances de Loti, puis serviteurs et finalement fidèles complices. Gueffier et Daney, tous deux nés en 1875, un brin interchangeables, auraient pu être les fils de l’écrivain qui aimait la compagnie des jeunes gens, beaux de préférence.
Entre eux, c’est l’estime réciproque malgré le fossé social qui sépare l’académicien du trio masculin. Car Loti aime peut-être plus les gens simples, ses « frères », que les people. Chez ces trois-là, il y a une sorte de reconnaissance fervente d’avoir vécu une autre vie que celle qui leur était destinée.
Tu seras ostréiculteur
Osman Daney, André à l’état civil, est né le 9 juin 1875 à Meyran, Guyan-Mestras. Son chemin est tout tracé : il devient ostréiculteur sur le bassin d’Arcachon comme les hommes de sa famille. Mais pendant ses trois ans de service militaire dans la Marine, un petit rien va tout changer. 1897 à Hendaye : l’ordonnance du commandant du « Javelot » est malade, il faut le remplacer. Il se retrouve au service du lieutenant de vaisseau, un certain Julien Viaud, déjà célèbre écrivain et académicien sous le nom de Pierre Loti.

Daney n’a jamais rêvé de Marine. Sitôt la quille, en 1898, il rentre à Meyran. Mais Loti a repéré « le gentil Osman » tel qu’il l’écrit dans son journal. En 1900, il lui propose de l’accompagner à bord, en remplacement d’Edmond Gueffier. « Mon attachement pour lui était déjà tel que j’acceptai aussitôt », confira Osman à « Sud Ouest » en 1952. Sait-il qu’il a mis le doigt dans une vie de voyages qui va durer vingt-trois ans auprès de Loti ?

« Mon cher Osman me quitte, mon compagnon de toutes les heures »
En juillet, voilà Daney quartier-maître sur le « Redoutable ». Il est à la fois valet de chambre et maître d’hôtel du commandant Viaud. Direction la Chine en pleine guerre des Boxers, Saïgon, le Japon, la Corée, les ruines d’Angkor et Phnom Penh pour la réception du roi du Cambodge, « véritable féerie » selon Osman. 1902, retour en France : « Mon cher Osman me quitte […] cela fait du vide autour de moi », écrit Loti évoquant « le départ du grand enfant charmant et bon […] mon compagnon de toutes les heures. » [...]
♦ Les hommes de Pierre Loti : Edmond Gueffier, l’ami qui ne se remit jamais de la perte de l’écrivain

SÉRIE 4/7. Plus que serviteur, Edmond Gueffier fut très proche de Loti. Après 22 ans inespérés auprès de l’écrivain, il ne se remit jamais de redevenir le paysan saintongeais qu’il n’était plus
Dans la galaxie masculine autour de Pierre Loti, on a parlé de son frère Gustave et de son père Théodore pour les liens familiaux, mais l’écrivain s’était aussi créé sa famille de cœur. Y figurent le gratin à travers le ministre Louis Barthou, l’écrivain Claude Farrère ou le prince de Serbie par exemple, mais aussi le petit peuple de Pierre Scoarnec, Osman Daney ou Edmond Gueffier entre autres.
Tous sont des fidèles, mais encore plus ceux qui le servent, qui partagent son intimité et accueillent ses confidences. Ce sont des proches de l’ombre et, surtout, des piliers infaillibles dans la vie de Loti. De domestique au départ, Edmond devint ordonnance de l’officier de Marine, puis confident et « ami jusqu’à la mort », comme il l’écrit.

Sources rares
Triste discrétion d’autant que ce fidèle est Charentais-maritime et qu’un de ses descendants, Régis Pasquet, habite à Fouras. Non seulement il a connu son bisaïeul, mais il tient en sa possession des documents rares qui prouvent la forte relation entre Gueffier et Loti. « J’ai mieux compris cette indéfectible amitié à la lecture du journal intime de Loti », explique l’arrière-petit-fils.

Edmond Gueffier est né à Saint-Fort-sur-Gironde le 6 février 1875. Ce fils de paysan est mousse à 15 ans, puis matelot à 18 ans, faisant du cabotage entre la Gironde et la Charente Inférieure. Deux ans plus tard, incorporé dans la Marine nationale à Rochefort pour son service militaire, il est planton à la préfecture maritime.
C’est là que ce beau brun fait la connaissance de l’officier Julien Viaud (vrai nom de Loti), de 25 ans son aîné. Tout les oppose : l’un, grand et costaud, issu du monde paysan, est un matelot de troisième classe ; l’autre, petit et frêle, venu de la petite bourgeoisie, est aide de camp du préfet maritime. Mais ce sont deux Saintongeais.
En 1896, Loti embarque avec Edmond à bord du « Javelot » qu’il commande sur la Bidassoa. Même après son service militaire en 1898, le planton reste au service… [...]
♦ Les hommes de Pierre Loti : Pierre Scoarnec, le fidèle gardien du temple et Sylvestre à jamais

SÉRIE 3/7. Marin puis ordonnance de Loti, Pierre Scoarnec devint l’intendant de la maison natale pendant cinquante-huit ans. À la fois serviteur et héros de l’écrivain
Pierre Loti aima côtoyer les grands de ce monde, princes, ministres, écrivains, actrices, mais aussi le petit peuple qui l’émerveillait tout autant. Les uns l’épataient par la naissance qu’il n’avait pas, même s’il les égalait en notoriété. Les autres l’attendrissaient et lui rappelaient ses racines terriennes saintongeaises.
Ce grand écart gardait l’écrivain aux mille visages sur ses deux jambes : qui il était devenu d’un côté, d’où il venait de l’autre. Pierre Scoarnec fait partie de ce petit monde avec lequel l’académicien entretenait une tendre amitié. Le petit Breton est devenu domestique en chef du maître et gardien de la maison monde de Rochefort.
Il sort de sa chaumière
Né le 12 mars 1862 à Pleudaniel (actuelles Côtes-d’Armor), le petit Scoarnec n’est pas destiné à courir le monde. Fils d’un laboureur et d’une ménagère, il est le cinquième de six enfants dans une famille où l’on parle le gallo. Il a quand même appris à lire et écrire en français à l’école, ce qui lui permet de devenir mousse à 13 ans. Entre petite pêche et cabotage, il aide aussi son père à la terre.
Dans ce Trégor du XIXe siècle, la vie de labeur aurait pu durer. Mais à 19 ans, le gaillard devance l’appel pour être incorporé dans la Marine d’État. Le 18 mai 1883, il embarque sur l’« Atalante » comme canonnier 2e classe. En route pour la campagne du Tonkin. Pierre ne sait pas que sa vie va basculer au large de Suez.

Un des capitaines de la corvette cuirassée s’appelle Julien Viaud. Écrivain déjà connu, « Aziyadé », « Le Mariage de Loti » ou encore « Mon frère Yves » lui valent un certain succès. D’emblée, Loti le repère. « L’ami Pierre Scoarnec apporte sur la passerelle les grands seaux pleins d’eau froide où on se plonge la tête pour ne pas sommeiller », lit-on dans son journal en juin 1883.

Vous serez gardien de ma maison en mon absence, domestique de confiance et intendant de mes domaines
Alors que son ordonnance vient de mourir, Loti trouve en Scoarnec un remplaçant providentiel. Il aime ses « façons câlines », son « regard d’enfant », son physique d’homme : il est « plus haut et plus large d’épaules que ma porte n’est grande », écrit-il à une amie. Un mois à ce poste de confiance suffit à l’officier pour proposer un marché au marin. « Vous serez gardien de ma maison… [...]
♦ Les hommes de Pierre Loti : Théodore, le père déchu qui fit rebondir le fils accablé

SÉRIE 2/7. À 16 ans, Julien Viaud subit le revers de fortune de son père. Sa vie durant, l’écrivain n’aura de cesse de prendre sa revanche à travers sa maison notamment
Pierre Loti est toujours le jeune Julien Viaud, pas encore l’écrivain qu’il deviendra. Après le décès brutal de son grand frère adoré Gustave en 1865, alors que le puîné n’a que 15 ans, un autre malheur va s’abattre sur cette famille protestante de la petite bourgeoisie rochefortaise l’année suivante. Ce sera la deuxième faille qui marquera à jamais l’académicien dans son désir de revanche sociale. Les dettes de son père, qu’il ne défendra jamais, vont jeter l’opprobre sur les Viaud qui échapperont de peu à relégation.
Ascension sociale
En 1919 dans « Prime jeunesse », Loti évoquera le « grand désastre » qui nous « accabla pendant une dizaine d’années ». Mais « c’est à peine si l’on comprend que c’est son père qui était en cause », écrit Jean-Louis Tanchoux dans son article sur cette « ténébreuse affaire » paru dans « Roccafortis » n° 76, la revue de la société de géographie.
Qui est Théodore Viaud ? D’origine modeste, fils d’une repasseuse et d’un sergent-major de la Marine, il est né en 1804 à Rochefort dans la foi catholique. Après des études de bon niveau, il entre à la mairie comme simple agent pour 800 à 1 000 francs par an, mais grimpe vite les échelons.
En 1830, à son mariage avec Nadine Texier qui entraîne sa conversion au protestantisme, il est devenu secrétaire de mairie et gagne 2 000 francs par an. Le couple s’installe au 141, rue Saint-Pierre (1), dans une maison que le beau-père a achetée à sa fille. Avec les loyers tirés de biens appartenant à l’épouse, les revenus permettent à la famille, qui a très vite deux enfants, Marie née en 1831 et Gustave né en 1836, de vivre aisément.
Quand Julien naît en 1850, Théodore Viaud fait partie de la bonne société. Il est lieutenant de la Garde nationale et membre de la Société d’agriculture, sciences et belles-lettres, parrainé par le maire Pouget. Fier d’appartenir à l’intelligentsia locale, à défaut d’être riche ou officier, il veut offrir à son benjamin ce que ni lui, ni Gustave, devenu chirurgien de marine, n’ont eu : leçons de piano, d’anglais, d’équitation et les humanités pour intégrer Polytechnique… [...]
♦ Les hommes de Pierre Loti : Gustave, le grand frère disparu qui ouvrit la voie

Les femmes chez Pierre Loti, voilà un sujet qui fait toujours causer, sans même parler de sa sexualité débordante : deux épouses ; sa mère ; sa sœur ; ses aïeules, tantes, cousines et nièce ; des maîtresses ; des amies ; des altesses ; des actrices ; bref, elles sont partout autour de celui qui veut être aimé. Et les hommes alors ? Il y en eut aussi beaucoup, certains sont même allés jusqu’à parler d’homosexualité.
Dans la galaxie masculine, le premier homme qui compta pour le petit Julien Viaud, c’est son frère Gustave, de 14 ans son aîné et mort prématurément à l’âge de 29 ans. Sa vie et son œuvre durant, l’écrivain sera toujours à la recherche de ce modèle perdu, avec un désir fort de le remplacer par d’autres mâles figures.
Un aîné fascinant
« Sans Gustave, pas de Loti », écrit Alain Quella-Villéger, grand spécialiste de l’écrivain. C’est dire si l’aîné fascina son cadet qui l’idéalisa complètement. Né le 25 avril 1836, il entre en 1854 à l’école de médecine navale de Rochefort et devient chirurgien de marine. Sa courte carrière le retrouve en poste dans des territoires lointains : Pérou, Cap Horn, Suez, Tahiti, Saïgon ou encore Cochinchine.

Gustave soigne avec sérieux. Pourtant, il est sans cesse fauché : il aime les belles fringues et le bon tabac, c’est un jouisseur. En réalité, c’est un rêveur, un « dilettante romantique », écrit Quella. À Tahiti, il profite des bienfaits de « l’île délicieuse » : chasse, pêche, baignades, promenades à cheval et amour. Il vit avec une vahiné qui le surnomme Rouéri et fréquente la cour de la reine Pomaré IV.
♦ Rochefort. Les festivals et la Maison Loti, locomotives du tourisme en 2025
Rochefort. Les festivals et la Maison Loti, locomotives du tourisme en 2025
Rochefort et alentours. L’office de tourisme Rochefort Océan a publié un bilan « globalement positif » dans un contexte départemental marqué par une baisse de fréquentation (- 5 %).
La réouverture, en juin, de la Maison de Pierre Loti a offert à Rochefort Océan une visibilité médiatique inhabituelle. Porté par un important relais dans la presse nationale et régionale, l’événement a propulsé la destination sous les projecteurs, renforçant sa notoriété bien au-delà du territoire.
13.400 entrées
Cette dynamique s’est en partie retrouvée dans la fréquentation des sites de visite, globalement orientée à la hausse. La Corderie royale, le Musée national de la Marine ou encore le Musée régional du Fort Vauban à Fouras ont enregistré de bons résultats.
Quelques activités connaissent toutefois un repli, reflet de choix budgétaires plus serrés chez les visiteurs. Oceana Lumina, le parcours nocturne de l’Arsenal des Mers, en fait les frais : 13.400 entrées ont été comptabilisées cet été, contre 15.500 en 2024, un niveau proche toutefois de celui de 2023. Les grands rendez-vous estivaux, eux, confirment leur attractivité. Sœurs Jumelles et Stéréoparc ont chacun attiré plus de 17.000 spectateurs, tandis que Symphonie d’Été continue de fédérer un public fidèle. Une saison qui, malgré quelques nuances, témoigne de la bonne santé touristique de Rochefort Océan.
Visite guidée de la maison de Pierre Loti et de son incroyable chantier de restauration à Rochefort
Diffusé le
Les bénévoles saintais de l’association « L’outil en main » se sont immergés dans la maison restaurée de Pierre Loti. Une visite guidée durant laquelle ils ont pu admirer le travail d’excellence des corps de métiers mobilisés pendant plus de cinq ans sur ce chantier aussi délicat qu’unique.
L’info d’ICI nous amène dans un lieu chargé d’histoire, qui a pu rouvrir grâce au savoir-faire de plusieurs dizaines d’artisans. Fermée au public pendant 13 ans, la maison de Pierre Loti à Rochefort (Charente-Maritime) a été le théâtre d’un délicat chantier de restauration de plus de cinq ans. Au total, 34 corps de métiers se sont succédés pour redonner sa splendeur à cette maison-musée, classée au titre des monuments historiques. Des métiers d’excellence que l’association « L’outil en main » met en valeur tous les mercredis (hors vacances scolaires), dans son antenne ouverte depuis la rentrée à Saintes.
es 26 bénévoles, essentiellement des retraités, initient une petite dizaine d’enfants, âgés de 9 à 14 ans, aux métiers manuels, d’art et de patrimoine à travers des ateliers de création. Tailleur de pierre, céramiste, mosaïste, menuisier, métallier, couturière, peintre, cuisinier. Une transmission des « savoir-faire » qui méritait bien une petite récompense en cette fin d’année. Pour remercier tous les bénévoles, une visite de la maison Pierre-Loti était organisée, rien que pour eux, dimanche dernier. Dans les pas de Selena Duc, guide-conférencière.
♦ Réserver des places / Festival Musiques au Pays de P. Loti
PROGRAMME
SAMEDI 9 MAI 2026
18h00 – Cabane Ostréicole, Le Château d’Oléron
(endroit précis définis plus tard)
« Mélodie françaises de la mer »
Dégustation d’huitres en musique
Victor Sicard: baryton Yoan Héreau: piano
20h30 – Le Château d’Oléron, Citadelle - Salle de l’Arsenal (Citadelle) ou église
« Le Réquiem de Mozart »
Le Requiem et l’Ave Verum de Mozart, 4:33 de John Cage
Yoan Héreau: direction Raquel Camarinha: soprano Anne-Lise Polchoplek: mezzo soprano Enguerrand de Hys: ténor Victor Sicard: Baryton Yoann Moulin: orgue Jorge Robles: violon Antonin Orcel: violon Léo Derey: alto Laura Meilland: violoncelle
DIMANCHE 10 MAI
14h30 – Saint-Porchaire – Maison de Marie Bon
Visite lecture « sur les pas de Pierre Loti » animée par une guide conférencière et un comédien
15h45 – Saint-Porchaire – Lieu à définir, échange avec le directeur artistique du festival, Victor Sicard
16h30 – Saint-Porchaire – Église
« La Méditerranée en Sax » Œuvres de Haydn, Tchaikovsky, Prokofiev, Albeniz .
Ensemble Saxback
MARDI 12 MAI
13h – Rochefort - Théâtre de la Coupe d’Or Concert Sandwich
« Loti en Méditerranée vol. 2 » Œuvres de Ravel, Duparc, Rossini
Anna Cardona Esteva, piano Victor Sicard, baryton
18h – Rochefort Musée Hèbre
Conférence « Loti en Méditerranée » Alain Quella-Villéger
20h30 – Rochefort– Théâtre de la Coupe d’Or
« Loti en Méditerranée » Œuvres Ravel, Duparc, Rossini, Textes de Loti et de Baudelaire
Anna Cardona Esteva, piano Victor Sicard, baryton Jean-Pierre Darroussin, récitant
JEUDI 14 MAI
20h30 – Saint-Denis-d’Oléron – L’Escale
« Pop Opéra en Méditerranée » Œuvres de Rossini, Bizet, Offenbach, Mozart, Audran
Hélène Carpentier, soprano Victor Sicard, Baryton Anna Cardona Esteva, piano
VENDREDI 15 MAI
18h00 – Saint-Georges-d’Oléron –Complexe du Trait d’Union (salle du Chai)
« Piano et vin » dégustation de vin en musique
20h30 – Saint-Georges-d’Oléron –Complexe du Trait d’Union (salle du Chai)
« Deux Pianos pour Loti » Œuvres de Ravel, Debussy, De Falla, Stravinsky, Chabrier
Claire Désert, piano Emmanuel Strosser, piano
SAMEDI 16 MAI
20h30 – Saint-Pierre-d’Oléron – Eldorado
« À la maison de Monsieur Monterverdi » Œuvres de Monteverdi, Cavalli, Rossi, Sances
Zachary Wilder, ténor Victor Sicard, baryton Josep-Maria Martì Duran, luth
Vous pouvez aussi acquérir un abonnement à prix très spécial pour les 4 concerts qui auront lieu dans l’île d’Oléron en cliquant sur n’importe quel lien « réservez ce concert » puis sur « choisir ».
Avec l’adhésion à l’association « Musiques au Pays de Pierre Loti » vous bénéficiez d’une réduction au tarifs des concerts
Les 100 lieux qu’il faut voir : Pyrénées, le sentier des contrebandiers

Depuis 1659 et le « Traité des Pyrénées », sur la crête des montagnes, là où la frontière entre France et Espagne ne sont que des pointillés sur une carte, les passeurs, fraudeurs, trafiquants, commerçants ou encore douaniers faisaient transiter jambon, alcool, huile d’olive ou cigarettes. De l’île des faisans sur la Bidassoa près du port d’Hendaye, où Pierre Loti raconta leurs exploits, aux sources de la Garonne, petits et grands connaissent tous leurs histoires. Des trafics en tout genre, des chemins escarpés qui gardent la mémoire des hommes qui cherchent fortune ou qui tentent de s’enfuir, laissant des refuges pour s’abriter de la neige en hiver.
Cette île franco-espagnole est le seul territoire au monde qui change de nationalité tous les six mois
Sur la Bidassoa, entre Hendaye et Irun, un îlot de 3000 m² pratique un jeu de chaises musicales administratif depuis 1856. Du 1er février au 31 juillet, l’île des Faisans est espagnole. Du 1er août au 31 janvier, elle repasse française. Ce condominium à deux têtes fait d’elle le seul territoire au monde géré en alternance par deux nations. Personne n’y vit, personne n’y va, mais deux fois par an, une cérémonie officielle désigne un nouveau vice-roi. L’absurdité bureaucratique élevée au rang d’art.
Une frontière qui date de 1659
En 1659, après trois mois de pourparlers entre le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro, le traité des Pyrénées se signe ici. L’accord met fin à plus de vingt ans de guerre franco-espagnole et fixe la frontière sur la ligne de crête des Pyrénées. En prime, Louis XIV épouse Marie-Thérèse d’Autriche l’année suivante à Saint-Jean-de-Luz. L’île garde son surnom d’île de la Conférence, mais le statut de condominium ne se formalise qu’en 1856 avec le traité de Bayonne. Avant, elle servait déjà de terrain neutre pour les échanges royaux : François Ier contre ses deux fils en 1526, des princesses échangées en 1615. Un Schengen avant l’heure, version Renaissance.
Des vice-rois nommés deux fois par an
Depuis 2012, la passation de pouvoir se fait directement sur l’île, devant le monument commémoratif de 1861. Avant, un simple courrier suffisait. Côté français, le délégué à la mer et au littoral des Landes et Pyrénées-Atlantiques hérite du titre. Côté espagnol, c’est le commandant de la marine de Saint-Sébastien. Pierre Loti a porté la casquette de vice-roi entre 1892 et 1898, quand il gérait la station navale de la Bidassoa depuis Hendaye. Le titre est purement honorifique, mais la cérémonie avec hymnes et drapeaux reste solennelle.
Une île fermée au public
L’île mesure 210 mètres sur 40, soit moins qu’un terrain de foot. Seuls les agents municipaux d’Hendaye et Irun y accèdent pour l’entretien. Pas de faisans malgré le nom, juste quelques ragondins et oiseaux aquatiques. Le public l’observe depuis la rive des Joncaux, sur le Chemin de la Baie côté Hendaye. Le monument de 1861 trône au centre, visible mais inaccessible. L’île porte aussi son nom des « faceros », ces négociateurs de traités frontaliers entre communes pyrénéennes. Rien à voir avec les volatiles.
♦ PressReader.com | Pierre Loti
Pierre Loti
On le surnomme « l’homme aux mille visages ». Officier de marine, l’écrivain a fait de sa maison à Rochefort, en Charentes-Maritimes, l’écrin de ses innombrables souvenirs de voyage. Ce palais a rouvert au public en juin dernier après des travaux de restauration hors normes.
Au cours de sa vie, Pierre Loti, né Julien Viaud le 14 janvier 1850 à Rochefort au sein d’une famille de la petite bourgeoisie protestante, a visité vingt-huit pays et a embarqué à bord de trente et un navires militaires. Il n’empêche : le voyageur féru d’exotisme demeure particulièrement attaché à Rochefort et à la maison familiale à la façade austère où il a grandi. C’est entre ces murs que le garçon forge très jeune son imaginaire. Gustave, son frère de dix ans son aîné et médecin de la marine, lui donne le goût de l’aventure à travers ses récits de voyage à Tahiti et les nombreux objets qu’il lui rapporte. Cette destination devient pour le futur Pierre Loti « l’île lointaine des rêves », résume joliment Claude Stefani, le conservateur des musées de la commune dont fait partie la demeure de l’homme de lettres. Mais en 1865, tout bascule : son héros de grand frère périt en mer. Un an plus tard, son père
éodore est accusé (puis acquitté) de détournement de fonds. Dévasté par la mort de Gustave et bien décidé à faire oublier l’infamie vécue par les siens, le jeune Julien entre à l’école navale en 1867. À 17 ans, il embarque à Brest sur le Borda pour le premier périple d’une très longue série. En mer, il débute la rédaction d’un journal intime, qui nourrira la plupart de ses oeuvres. La découverte de l’Algérie et de la Turquie en 1869 est une révélation pour le marin. Trois ans plus tard, il débarque à Tahiti, île si chère à son frère décédé. La reine Pomaré le surnomme alors Loti, du nom d’une eur tropicale. Nagasaki, Jérusalem, Pékin, Damas, Hendaye seront autant de destinations qu’il atteindra au cours de sa carrière.
Un navire immobile
De ses voyages naissent ses premiers textes publiés en 1876 dans Le Monde illustré puis ses romans : Aziyadé (1879), Le Mariage de Loti – Rarahu (1880), Le Roman d’un spahi (1881) ou encore le célèbre Pêcheur d’Islande (1886),
grand succès littéraire, qui offrira à l’écrivain voyageur la revanche sociale qui lui importait tant. Désormais riche, il peut pleinement s’atteler à son grand projet : transformer la maison familiale rachetée à sa mère Nadine en 1871 en véritable décor de théâtre.
Entre les mains de Pierre Loti, la bâtisse traditionnelle rochefortaise se transforme en un palais extravagant. Le marin se met en tête d’y recréer les plus beaux décors du Moyen Âge et de l’Orient où s’entasseront les innombrables souvenirs de ses expéditions. Pour Claude Stefani, la maison ressemble à « navire immobile » composé d’une multitude de cabines. « Ce n’est pas un collectionneur ! insiste-t-il. Les objets ont pour lui une valeur mémorielle. » Sa première installation, la chambre océanienne, n’est autre que la transposition de sa cabine sur la Flore. Terrorisé par la mort et le temps qui passe, Pierre Loti veut revivre le passé inlassablement. Il imagine ensuite les prémices du salon turc puis conçoit la pagode japonaise, aux couleurs rouge et or et décorée des objets rapportés lors de la campagne du Tonkin. Dix ans plus tard, l’écrivain s’attelle à la première réalisation architecturale de grande ampleur. Digne d’un château médiéval, la salle gothique, que tout Rochefort est invité à visiter, est la vitrine de son ascension sociale. Blasons, tentures à fleurs de lys, cheminée gigantesque… Le « châtelain » Pierre Loti va jusqu’à imaginer ses propres armoiries sur les vitraux. Il s’amusera également à revêtir le costume de Louis XI le temps d’une somptueuse fête donnée en 1888.
Dès 1889, après plusieurs années à « bricoler », les grands travaux commencent et l’auteur acquiert les maisons mitoyennes du 139 et du 143, rue de Chanzy. Au rez-dechaussée, le très conventionnel salon bleu au mobilier Louis XVI offert à sa femme Blanche Franc de Ferrière cohabite ainsi avec le salon turc, désormais achevé après de laborieux travaux. Armes, tentures et pièces d’orfèvrerie font revivre l’atmosphère d’Istanbul si chère à son coeur. Reçu à l’Académie française en 1891, plus rien ne l’arrête. Quand il n’imagine pas un plafond en stuc inspiré de l’Alhambra, il crée la salle Renaissance sur deux niveaux pour impressionner encore et toujours. Symbole de sa réussite, il y organisera en 1903 sa célèbre fête chinoise en compagnie de deux cents invités costumés. Le chefd’oeuvre de son palais reste la mosquée au plafond richement orné et inspirée des plus belles demeures de Damas. Pierre Loti n’y invitera – une fois n’est pas coutume – que peu de visiteurs. Dernière réalisation incontournable, la salle chinoise digne de la salle du trône de la Cité interdite où il « s’amusera à jouer à l’Empereur » plaisante le conservateur. Ce n’est pourtant pas dans ces décors de théâtre que le grand homme rendra son dernier souffle. Le 10 juin 1923, l’écrivain voyageur s’éteint à Hendaye, léguant son palais d’Orient à son fils Samuel. En 1969, ce dernier vend la maison à la ville de Rochefort qui la transforme en musée municipal dès 1973.
Fragilisée par tant d’extravagance
En s’efforçant désespérément de retenir le temps à travers cette maison, Pierre Loti l’a beaucoup fragilisée.
La mosquée a par exemple été bâtie au mépris des règles élémentaires de l’architecture – à noter d’ailleurs que le nom des architectes demeure inconnu – et les nombreuses visites depuis 1973 n’ont rien arrangé. En 2012, un an après l’obtention du label Maison des illustres, le musée ferme car la structure menace de s’effondrer. La restauration de ce trésor débute en 2020, des travaux titanesques d’un montant de plus de 13 millions d’euros. Toiture très affaiblie, sol instable, présence de termites, capricornes et vrillettes… La « belle endormie au bord du gouffre » n’a rien épargné aux architectes. La priorité des équipes fut la mise en sécurité de l’édifice.
Parmi les chantiers clés, la rénovation du plafond de la mosquée financée à hauteur de 390 000 € par le Loto du patrimoine. « Celui-ci avait perdu 30 % de sa masse à cause des insectes xylophages. Il était devenu une vraie gaufrette, on a dû le consolider à la seringue trou par trou », a ainsi expliqué Elsa Ricaud, architecte du patrimoine en charge du chantier, à l’Association internationale des amis de Pierre Loti.
Ensuite, ce fut au tour du salon bleu de retrouver ses belles couleurs des années 1920. Démantelée par Samuel, le fils de Pierre Loti, en 1929, la salle chinoise a, quant à elle, été reproduite grâce à un travail minutieux de recherche et au talent d’artistes d’exception. Une rénovation longue et épineuse. Et si c’était Pierre Loti, allergique à tout signe de modernité, qui le faisait exprès ? Claude Stefani a bien envie d’y croire. D’autant que d’après lui, Loti n’aurait pas particulièrement apprécié de voir son intimité ainsi exposée. Mais le public se régale et il faudra s’armer de patience, car la billetterie affiche déjà complet jusqu’à la fin de l’année.
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Numéro 180 (décembre 2025-janvier 2026)
♦ Didier Quella-Guyot, BD et autres plaisirs minuscules | Le7.info
Didier Quella-Guyot, BD et autres plaisirs minuscules
Auteur et scénariste, Didier Quella-Guyot publie recueils de nouvelles et BD à un rythme intense. Dernier en date : l’ouvrage intitulé Si ma mémoire me trompe, je veux savoir avec qui.
A la bourse toujours incertaine de l’édition, il a dépassé cette année le « CAP 40 », sous-entendu les quarante albums de BD publiés. Après Pyramides (réédition), avec la dessinatrice Sophie Balland, et Albert Kahn – L’Archiviste de la planète, avec Manu Cassier, Didier Quella-Guyot sortira l’année prochaine Bougainville et le tome 1 de Sylvin Rubinstein. Compulsif ? « Disons que j’ai besoin de toucher à plein de choses assez rapidement, confie l’ancien professeur (agrégé) de lettres modernes en lycée. J’aurais du mal à passer un à deux ans sur l’écriture d’un roman comme certains écrivains qui font ça du soir au matin ! »
Le passionné de Tintin et Lucky Luke, auteur d’une thèse sur la BD en 1989, a très tôt été récompensé pour sa contribution au 9e art, auréolé d’un prix du scénario à Blois en 1990. Mais… « Mais ma première BD (Mélusine, ndlr) n’est sortie qu’en 2000, avance le Poitevin. On peut créer des histoires mais si on ne trouve pas d’éditeur qui aime l’illustrateur et le scénariste, on ne va pas bien loin. Je ne me plains pas ! » D’aussi loin qu’il se souvienne, le critique du site L@BD et plume de la chronique BD voyages sur BDZoom.com a toujours été « fasciné » par la manière dont les illustrateurs traduisent « leur vision » en dessins. Lui s’y est essayé, mais sans succès.
Voyages et inspiration
Au-delà de la BD, le retraité, 70 ans au compteur de la vie, jardine et voyage. Ce qui l’inspire, à l’image de « ses » Amants de la terre sans nom (2021), l’autre nom de la Namibie. Il y raconte « une histoire vraie », dont l’énigme se déroule entre 1883 et 1914, période funeste où le pays a été colonisé et pillé par les Allemands, auteurs du « premier génocide du XXIe siècle ». Au milieu du chaos, « Hansheinrich Von Wolf et Jayta Humphreys, un officier allemand et une intrépide Américaine, passionnés de chevaux et avides d’aventures, ont choisi de construire un improbable château ». « J’ai creusé le sujet et je me suis dit qu’il y avait une histoire extraordinaire à raconter ! » Le frère jumeau d’Alain Quella-Villéger, spécialiste de Pierre Loti, a procédé de la même manière pour Halifax, mon chagrin (2021).
« On connaît ce port de Nouvelle-Ecosse parce que les morts du Titanic, en 1912, ont été ramenés dans ses cimetières, décrypte-t-il. Et il se trouve que cinq ans plus tard, une énorme explosion d’un bateau de munitions a fait plusieurs milliers de morts. Ce n’était absolument pas connu ! » La suite lui appartient. Dans sa maison de Saint-Julien-l’Ars, le scénariste et auteur a accumulé jusqu’à 25 000 ouvrages de toute nature. Il s’est « un peu délesté », mais quelques projets d’écriture, de nouvelles notamment, restent dans les tiroirs. Avant d’oublier, Didier a sorti récemment aux Editions Le Carrelet -celles de son frère- Si ma mémoire me trompe, je veux savoir avec qui…
♦ Hommage à Jean Aicard par Monique Broussais
Toulon rend hommage à l’un de ses plus illustres enfants, Jean Aicard, né en 1848 près du port que connaissait bien son ami Pierre Loti.
Une série de photos grand format est exposée sur les grilles du jardin Alexandre 1er. Elles représentent des vues de Toulon et de ses environs sur lesquelles figurent de petits textes manuscrits signés Jean Aicard.
Une inauguration présidée par l’Amiral Tanguy, adjoint au maire, délégué à culture a eu lieu en présence de Monsieur Guy Raynaud, adjoint responsable des médiathèques et des archives ayant fourni ces documents ainsi que de Jean Pascal Faucher, chargé du musée des Lauriers roses de La Garde et Monique Broussais, membre des Amis de Pierre Loti représentant le musée de Solliès-Ville.
Ce moment a été agrémenté par la présence de comédiens des groupes Larsen et Les Lauriers d’Aicard qui, costumés, sous les traits de Jean Aicard, Mayol, Sarah Bernhard et Pierre Loti ont animé avec brio une déambulation poétique et musicale
Un moment agréable au cours lequel a été évoqué une fois encore l’amitié fraternelle unissant Jean Aicard et Pierre Loti.
L’exposition est visible jusqu’au 31 mars 2026.
1 Loti et Mayol devant Solliès-Ville
2 Jean, Sarah, Félix et Pierre (de dos)
Reportage en images dans la fascinante maison de Pierre Loti récemment restaurée en Charente-Maritime
Paquebot immobile où il a voulu conjurer le temps, la maison Loti à Rochefort offre une plongée fascinante dans l’univers de ce grand voyageur épris d’Orient. Entrez dans la légende restaurée après des années de travaux !

Par Denis Lefebvre
À une dizaine d’encablures de l’Océan, Rochefort- sur-Mer a longtemps tiré sa fortune de l’arsenal, créé dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Une page s’est tournée au XXe siècle, mais la ville a su vivre malgré tout, se développer et réhabiliter de beaux espaces, comme la Corderie royale. De son passé, elle a gardé un plan en damier, avec de longues rues tirées au cordeau bordées de maisons aux façades en pierre de tuffeau blanche. L’une d’elles s’appelle, depuis 1919, « rue Pierre-Loti » et son numéro 135 connaît depuis près de cent cinquante ans une destinée extraordinaire.

Cette perspective depuis le jardin, redessiné et replanté à partir de photos d’époque, offre une vue sur les façades sur cour de la maison, avec le mélange des styles architecturaux. Ainsi, cet étage à colombages, détruit après la mort de Loti, qui a été reconstitué à l’identique. Manuel Cohen

La maison de Pierre Loti. Manuel Cohen
L’écrivain, voyageur et académicien Pierre Loti y est né en 1850 sous le nom de Julien Viaud. Il en a fait, jusqu’à son décès en 1923, son port d’attache et, surtout, pour reprendre les mots de Claude Stéfani, conservateur en chef des musées de la ville, un « décor de théâtre », l’écrin de ses souvenirs. Sacha Guitry, qui avait le sens des formules, a vu dans cette maison « un livre de lui, ou plutôt un recueil de ses pages choisies ». Toutes les périodes de sa vie et toutes ses passions y sont représentées. L’ensemble est imposant, formé de trois maisons : la première, celle de la famille, et deux autres achetées par Loti lui-même en 1895 et 1897.
Il les a réunies sans se préoccuper des détails techniques, abattant plusieurs murs porteurs, faisant sauter des planchers, ajoutant un étage, mais affaiblissant la structure générale. À sa mort, son fils Samuel hérite de l’ensemble, qu’il vend à la ville de Rochefort en 1969. Quatre ans plus tard, la maison est ouverte au public, puis classée en 1990 au titre des Monuments historiques.
Une maison à reconstruire
En 2012, une partie du plafond de la mosquée, centre névralgique et nostalgique de cette maison, s’effondre. Le couperet tombe : la maison est fermée au public cette année-là. Elle doit son salut au Loto du patrimoine. Malgré les protestations d’associations arméniennes qui n’oublient pas que l’écrivain, turcophile viscéral et détestant les chrétiens d’Orient, a apporté sa caution au génocide de 1915, les premiers fonds sont réunis pour sauver ce plafond.

L’une des pièces majeures de la mosquée est le plafond en bois de peuplier du XVIIe s. richement orné. Manuel Cohen
Puis tout s’enchaîne. Un chantier hors norme s’ouvre pour restituer l’esprit du lieu, revenir au plus près, à la maison telle qu’elle était en 1923 à la mort de Loti : 34 corps de métiers se sont succédé à partir de 2020 dans ce chantier qui a coûté au total plus de 13 millions d’euros. Depuis juin dernier, la maison est rouverte au public.
Suivez le guide !
La famille Viaud s’impose dans les deux premières pièces, sans aucune fantaisie : deux salons bourgeois à souhait, le rouge et le bleu. Le rouge se veut un retour à l’enfance : une boîte à souvenirs pour figer le temps. Le bleu est celui de sa femme, Blanche, un décor convenu pour une femme de la bourgeoisie. Blanche, celle qui restait à la maison pendant qu’il voyageait et la trompait, avec des femmes et des hommes. Pour retrouver Loti dans sa magnificence, ses délires aussi, il faut gagner tout d’abord la salle Renaissance, majestueuse à souhait, qui reprend les codes des salles d’apparat de châteaux. Loti y reçoit ses invités de marque.

Très haute de plafond, la salle Renaissance édifiée en 1897 s’élève jusqu’au deuxième étage de la maison. Manuel Cohen
C’est là que son corps a été exposé à sa mort en 1923, veillé par deux marins en armes, sous un amoncellement de couronnes, dont l’une en forme d’ancre. Le voyage continue avec la pagode japonaise, aménagée en 1886. Japonaise ? Ce serait trop simple, rien ne l’est jamais avec Loti : ce fouillis relève plutôt de l’Extrême-Orient, avec des objets venus de Chine, du Tonkin, du Japon quand même, et aussi d’autres achetés à Paris, au Bon Marché ! Le tout donne un sentiment de tape-à-l’œil. Extrême-Orient encore, avec la salle chinoise, autrefois meublée par les trésors de la Cité interdite pillée au moment de la révolte des Boxers : Loti s’est, comme tant d’autres, servi… 800 kg au total.
Elle a été inaugurée en 1903 par une fête extravagante en présence de 200 invités tous revêtus de costumes traditionnels, certains d’entre eux sont venus en pousse-pousse depuis la gare de Rochefort ! Cette salle chinoise a été détruite par un incendie au début des années 1920 puis démantelée par Samuel. Grâce à des documents d’époque et au talent d’artisans d’exception, elle a pu être reconstituée jusque dans ses moindres détails.
Un romantisme éclectique
L’étage s’impose ensuite, avec la salle à manger, symbole de l’ascension sociale de l’écrivain. On se croirait presque dans un roman de Walter Scott revisité par Victor Hugo. Tout se mélange ici, au fil des achats, avec des éléments de boiserie anciens et d’autres qui ne le sont pas, des coffres bretons, des tentures à fleurs de lys, une porte de tabernacle et les remplages gothiques du XVe siècle de l’église de Marennes achetés pour compléter ce décor. Loti y organise des soirées spectaculaires, ainsi celle d’avril 1888, où il incarne Louis XI, avec jongleurs, ménestrels… Tout le monde est revêtu de costumes d’époque !

La salle gothique, aménagée en 1887-1888 au premier étage, est la première réalisation architecturale de grande ampleur dans la maison. Manuel Cohen
Cantonnés sur une galerie, des Rochefortais portant des sarraus assistent à ce spectacle. Plus classique, la chambre de madame, de style Empire dans les tons bleu, or et jaune, avec son plafond ordonné d’abeilles en stuc. Classique également, la chambre des grands-mères, un sanctuaire pour Loti. Dans un coin, à peine une pièce, l’évocation de sa chambre d’enfant, avec quelques jouets au sol. Ensuite, le visiteur gagne la mosquée, la pièce la plus spectaculaire, achevée en 1897. Une mosquée, vraiment ? Ne s’agit-il pas plutôt, pour le maître de maison, de composer un décor propice à des divagations oniriques vers les lieux qu’il a chéris dans ses voyages ?
« Une angoisse délicieuse »
Tout laisse pantois dans cette pièce comme le plafond syrien du XVIIIe siècle incrusté d’or, un mihrab, des cénotaphes couverts de soieries orientales, des colonnes majestueuses, une fontaine à ablutions, des céramiques venues d’un peu partout, achetées ou « récupérées » au fil des années. Il fait de cette « mosquée » un théâtre, pour des pièces qu’il se joue pour lui seul, perdu dans ses rêves, ou pour des personnalités lui rendant visite.

La mosquée est le clou du spectacle : pour le maître des lieux, cette pièce était « le coin où on attend l’âme ». Manuel Cohen
Dans un article intitulé « La Maison enchantée » publié le 26 octobre 1918 dans La Revue hebdomadaire, Alice-Louis Barthou, la femme de l’homme politique, rend compte du spectacle « troublant, attirant, un peu angoissant, mais d’une angoisse délicieuse » auquel elle a assisté : un domestique monte dans un faux minaret, et lance l’appel à la prière, puis d’autres entrent dans cette pièce, font leurs ablutions et se prosternent sur les tapis. Dans son célèbre roman Aziyadé paru en 1879, Loti écrit : « J’ai pour règle de vie de faire toujours ce qui me plaît. » Sa maison en apporte la preuve.

Jouxtant la mosquée, le salon turc est la première pièce dans laquelle Loti a mis en scène sa fascination pour les cultures orientales. Manuel Cohen
Une grande partie des pièces respirent les excès, l’exubérance. Pourtant, l’endroit le plus étonnant de l’édifice est… le plus modeste, le plus sobre. Le plus intime, aussi : sa chambre. Un lit de fer, un bureau tout simple, des murs blanchis, une vierge en chromo, un bouddha… Est-ce la cellule d’un moine, d’un anachorète ? Allez savoir. Comment, en s’y recueillant, ne pas penser à son autre chambre, au dernier étage de la maison de sa sœur Marie, à Saint-Porchaire, à 30 km de Rochefort, avec ses murs eux aussi blancs et elle aussi presque vide de mobilier. Elle symbolisait le paradis sur Terre dans la maison du bonheur, alors que tout lui semblait possible.
Mondes opposés si proches
Des décennies plus tard, à Rochefort, tout devient différent : il a écrit avoir voulu cette « simplicité blanche, cette impersonnalité définitive, ce renoncement sans retour ». Simplicité face à la mort, dont il avait peur, autant que de vieillir ? Elle approche, inéluctable. Un autre Loti émane de cette pièce, même si une porte, presque dérobée, communique directement avec la mosquée. Deux mondes si proches l’un de l’autre et pourtant si différents ! Le sort a voulu qu’il décède le 10 juin 1923 dans une autre propriété, à Hendaye. Quelle pièce de cette fascinante maison de Rochefort permet au visiteur de mieux comprendre l’âme de Pierre Loti ? Le mystère reste entier.

Pierre Loti, ou plutôt Julien Viaud, en grand uniforme de lieutenant de vaisseau. Manuel Cohen
♦ Pierre Loti : un aspirant écrivain sur l’île de Pâques | Historia
Pierre Loti : un aspirant écrivain sur l’île de Pâques
En 1872, jeune marin de 21 ans, le futur homme de lettres, qui s’appelle encore Julien Viaud, fait une escale sur l’île de Pâques. Une découverte décisive dans sa vie et sa carrière.

Par Xavier Donzelli
Que représentent quatre jours sur une île lointaine au regard de quarante années de carrière dans la marine, dont dix-sept passées à sillonner les mers du globe ? A priori, pas grand-chose. Pourtant, au soir de sa vie, c’est ce bref séjour sur l’île de Pâques, du 3 au 7 janvier 1872, et les quelques objets qu’il en a rapportés, que Pierre Loti voudra sauver de l’oubli. Son biographe Alain Quella-Villéger raconte la scène : « Dans les « dernières volontés » remises à son secrétaire, Gaston Mauberger, Pierre Loti, qui se soucie peu que l’on conserve après sa mort l’essentiel des richesses accumulées dans son extraordinaire maison de Rochefort, fait une exception remarquable : « Sur la commode, il est des objets très curieux, qui viennent de l’île de Pâques et auxquels je tiens un peu. » » Et le biographe de s’interroger : « Pourquoi, aux portes de la mort, l’écrivain-voyageur revient-il sur ces rares journées de janvier 1872 ? »
L’île de Pâques !… Ce « finistère du Pacifique » (Maurice Leenhardt) isolé à plus de deux mille kilomètres des premières terres habitées ; le pays des moais, ces statues anthropomorphes de plusieurs tonnes, sculptées dans le tuf (une roche volcanique), au visage oblong, à la moue boudeuse ou rêveuse, qui tournent le dos à la mer et veillent sur les vivants… [...]

Samuel (debout à gauche) porte désormais le nom de Pierre-Loti-Viaud. Il mène une vie de notable de province. Il vit de ses rentes. Ici dans les années 1960 devant…
Elsie avec ses petits enfants dans les années 1960.MUSÉES MUNICIPAUX ROCHEFORT 17





Lettre que Gustave écrit à son père le 15 août 1860 depuis Tahiti.












