Juin 2026

Un Week-end bien Loti, c’est le festival qui dure jusqu’à dimanche 14 juin dans le centre-ville de Rochefort. Cap sur l’Inde à travers le grand écrivain
Rochefort vibre aux rythmes de l’Inde de Pierre Loti, qui la visita à plusieurs reprises. En réalisant son rêve d’enfant, il découvrit la « féerie de l’Inde ». C’est cette féerie que l’association Embarquement avec Loti veut rendre avec la troisième édition du Week-end bien Loti.
Fête populaire
C’est une façon de rendre hommage à l’Académicien né à Rochefort à travers une fête populaire aux couleurs chatoyantes qui se déroule partout en ville. Les animations sont diverses : spectacles, déambulations, théâtre, lectures, musiques, danse, rencontres, défilé de mode, ateliers. Ici, petits et grands trouvent leur compte.
Programme : ce dimanche à 11 h 30, yoga géant (pelouse corderie) ; 14 heures : expo « Loti, hommage sculpté » (musée de la Marine) ; 15 heures : escape game « Loti en quête de Viaud » (musée de la Marine) ; 15 heures : film « Le monde selon Loti » (corderie) ; 16 h 30 : dictée à la plume sur des textes de Loti en Inde (musée des commerces d’autrefois). Gratuit sauf l’escape game.
La maison de l’écrivain-voyageur Pierre Loti : un chef-d’œuvre restauré à Rochefort (17)
Captation de la conférence qui s’est tenue le 11 juin 2025 à l’auditorium de la Cité de l’architecture et du patrimoine. Soirée organisée dans le cadre du cycle « La mémoire en œuvre »
Un chef-d’œuvre restauré à Rochefort. Après de longs mois de travaux minutieux, durant lesquels artistes-artisans ont retouché, recréé et sublimé les décors de chaque pièce de ce joyau architectural, le public s’apprête à redécouvrir l’univers extraordinaire de l’écrivain-voyageur. À l’occasion de la réouverture de ce monument historique, la Cité de l’architecture et du patrimoine et le Comité France–Turquie vous invitent à une présentation des travaux de restauration, en présence d’Elsa Ricaud, architecte du patrimoine, et de Gilles Vignier, scénographe.
En images. En 2018, quand Emmanuel Macron visitait l’extravagante (et délabrée) maison de Pierre Loti
DANS LES ARCHIVES – À l’occasion de la visite du chef de l’État le 14 juin 2018 à Rochefort, visite guidée au coeur de cette bâtisse fermée au public depuis 2012, qui avait grand besoin d’être encore restaurée










♦ Rochefort : un Week-end bien Loti à l’heure indienne, du vendredi 12 au dimanche 14 juin

Pour la troisième année consécutive, l’association Embarquement avec Loti propose Un week-end bien loti du 12 au 14 juin
Après Loti et la mer, puis Loti et l’Asie, c’est un tout autre voyage que les organisateurs proposent : cap sur l’Inde ! Certes, ce n’est pas l’épisode le plus trépidant de la vie de l’écrivain voyageur mais son écrit « L’Inde sans les Anglais » a fortement inspiré les bénévoles. Il faut de tout pour recréer l’univers du Rochefortais et les organisateurs ne s’y sont pas trompés en annonçant « trois jours festifs et colorés en trois actes ». Un projet ambitieux qu’Erica Bianabe, directrice du festival, a souhaité « fédérateur, populaire, festif avec la volonté que chacun y trouve son compte ». Avis aux amateurs, la programmation va rebondir de lieu en lieu.
Le festival débute de façon très symbolique le vendredi 12 juin avec des prestations tournées vers les plus jeunes. Une belle façon de passer le flambeau entre les générations et de redonner envie de lire Loti qui, malgré ses engagements, a toujours gardé et assumé son âme d’enfant. Dès 17 heures, le square Trivier accueillera les écoliers pour un atelier bindi, célèbre symbole religieux indien en forme de point rouge entre les sourcils, avant le départ à 17 h 30 du « grand voyage des couleurs ». Il s’agit d’une immense parade festive réunissant parents et enfants.

La fête s’emparera ensuite de la place Colbert vers 18 h 30 pour un instant musical dédié aux petits, ponctué d’un concours de cri d’éléphant et d’une joyeuse fête des couleurs aux serpentins. À la nuit tombée, place à la flamboyante soirée indienne en présence du maharajah, de sa cour et du plus grand fakir du monde. Attention à vos vêtements car à 20 h 30, le lancement du « Holi Loti » promet une explosion de pigments colorés dans la pure tradition indienne ! La soirée se poursuivra à 21 h 30 avec une grande déambulation dans les rues en compagnie d’un éléphant confectionné pour l’occasion, pour s’achever à 22 heures à l’Arsenal avec le spectacle « Loti des Indes », mêlant théâtre, danse et chant.
Un programme intense de festivités
Le lendemain, le festival décline « Le goût des rencontres » de multiples façons. Pour un réveil en douceur, une session de yoga et de méditation est prévue à 9 h 30 au square Trivier. L’effervescence reprendra vite le dessus, dès 11 h 30, avec une nouvelle parade costumée de l’éléphant, cette fois-ci en plein cœur du marché. L’après-midi, la ville se transforme en un grand village culturel. À partir de 14 heures, le public pourra profiter d’une visite flash de l’exposition consacrée à Loti au musée de la Marine ou participer dès 15 heures, place Colbert, à une conférence inédite sur l’écrivain voyageur menée par Alain Quella Villéger et Olivier Stroh.
Autour d’eux gravitera une constellation d’animations gratuites, place Colbert : défilé de mode, chant avec la chorale du conservatoire et ateliers de création (mandala, maquillage, block print). Seul événement payant du week-end : un escape game haletant déjà testé en 2025 intitulé « Loti en quête de Viaud » proposé à l’Ancienne école de médecine navale à 15 heures. Après le très attendu concours de cri de mouette toujours place Colbert, la journée s’achèvera par une grande soirée Bollywood à partir de 19 h 30 au Rade de la Méduse.
♦ Rochefort. La Maison de Pierre Loti et l’Anaman entrent au Guide Michelin
Rochefort. La Maison de Pierre Loti et l’Anaman entrent au Guide Michelin
Pays Rochefortais. Rochefort. Les deux sites-musées ont séduit le jury du célèbre guide de voyages. La maison de l’écrivain accédant même à deux étoiles directement.
♦ Rochefort et les tristesses de l’enfance de Pierre Loti
Rochefort et les tristesses de l’enfance de Pierre Loti
Les petites poupées, collées sur des morceaux de carton, sont si minuscules, si délicates, qu’elles semblent n’exister que par la fantaisie d’un enfant : des nuages soufflés par le rêve, fragiles comme les bateaux des pêcheurs bretons qui naviguaient pendant des mois dans la brume, autour de l’Islande.
Le 02/06/2026 à 11:10 par Maria Danthine-Dopjerova
Julien Viaud, qui deviendra à l’âge adulte l’écrivain Pierre Loti, et son amie Jeanne passaient des heures, ensemble, appliqués, à fabriquer leur théâtre de Peau d’Âne. De leurs petites mains naissaient des personnages sans corps, coiffés de têtes en noyaux de cerise, vêtus seulement de robes en satin ornées de dentelle noire, posées sur des épaules inexistantes.
« Je pourrais presque dire que toute la chimère de ma vie a été d’abord essayée, mise en action sur cette très petite scène-là. » (Pierre Loti)
Julien Viaud, né le 14 janvier 1850, troisième enfant d’une famille protestante, a grandi dans un cocon de douceur, sous la protection des robes noires de sa mère, de sa grand-mère et de ses tantes. La maison, au numéro 141 d’une rue calme de Rochefort, dressait sa façade blonde non loin du port, à quelques pas de la Corderie royale et de l’Arsenal, aussi appelé le Versailles de la Mer.
Ce dimanche matin, assises sous les voûtes de l’Arsenal, où l’on fabriquait jadis les cordages des vaisseaux de la marine, nous buvions un thé aux coquelicots en observant le mouvement rapide des nuages sombres et le vol des martinets et des hirondelles. De lourdes gouttes d’une pluie chaude de mai tambourinaient sur les dalles de pierre. À la façon bretonne, le soleil perçait parfois ce déluge et donnait aux dalles trempées un éclat joyeux.

Quittant le petit port, nous longeons les maisons chaulées, les murs où grimpent rosiers et jasmins. Une femme et une fillette à vélo s’apprêtent à traverser la route. Lorsque le feu passe au vert, l’enfant fait bouger les ailes mauves de papillon en papier attachées à son dos ; même si ses petites jambes se mettent à pédaler, elle se voit, dans sa tête, voler comme un papillon.
À quelques pas d’ici, bien des années auparavant, Pierre Loti jouait avec son amie Antoinette aux chenilles : ils rampaient sur le ventre dans l’herbe, se cachaient sous les branches d’un arbre et attendaient de devenir des chrysalides, puis des papillons. Ils échangeaient des phrases comme : « Oh ! je sens que ça ne sera pas long cette fois ; dans mes épaules déjà… ça se déplie. » Puis, en agitant les bras, ils s’imaginaient voler parmi les fleurs.
Nous entrons dans la maison où le garçon Julien, plus tard surnommé Pierre Loti par la reine de Tahiti, a passé son enfance et son adolescence à créer le petit théâtre de Peau d’Âne et le monde de ses « petites momies », nom qu’il donnait à toutes les choses précieuses qu’il collectait, enveloppait dans des papiers fins et ficelait avec soin : nids d’oiseaux, œufs, fleurs séchées et papillons — parmi lesquels le plus précieux, « le citron-aurore », de couleur jaune pâle, un peu verdâtre, avec une teinte légèrement rosée —, ainsi que branches d’aubépine et fougères.

Sur ces paquets secrets, il écrivait soigneusement : « Fleurs qui étaient sur le lit de ma bien chère Clarisse » ; « Gants achetés à B. avec Joseph, pour faire notre expédition… (1er janvier 1870) » ; « Fleurs de la table du sultan… » ; ou encore : « Dépouilles de mon pauvre petit chat, le plus intelligent et le plus affectueux des chats, qui fut mon compagnon fidèle pendant… »
Derrière sa façade modeste, la maison de Rochefort s’est changée en lieu majestueux, sorti des contes des Mille et Une Nuits. Loti y rapportait des fragments du Japon, du Maroc, de Syrie et de Turquie, ainsi que 600 kg d’objets revenus de Chine dans ses valises. Le plafond de la chambre nuptiale portait une myriade d’abeilles dorées, qui m’ont rappelé les 69 abeilles du flacon de parfum commandé à Pierre-François Guerlain par l’impératrice Eugénie.
Ce royaume exotique abritait une profusion de marbre, une chambre arabe, un salon turc, une salle gothique avec une cheminée imposante et un escalier de pierre gardé par deux têtes de lions, une salle-mosquée, des textiles brodés ottomans — dont la restauration a nécessité deux millions d’euros —, de la céramique syrienne, des boiseries provenant de fermes et de manoirs du Pays basque, des meubles en acajou, ainsi que la chambre ascétique de l’écrivain, presque monacale, avec son lit de fer rappelant une cabine de marin. Dans tout ce luxe, le plus précieux demeurait pourtant son petit musée créé sous le toit, avec vue sur les remparts de l’Arsenal : ses « petites momies », ses souvenirs choyés.

On y trouvait, scellée sous enveloppe, la trace de bave laissée par un escargot sur son livre d’Histoire de Duruy, oublié dans le jardin, et que Julien était allé récupérer avec ses tantes pendant un orage ; des cailloux et coquillages de l’île d’Oléron, où il passait ses vacances. Le soir, lorsque les flammes crépitaient dans la cheminée, on faisait chauffer des galets noirs d’Oléron.
Son père prenait alors sur la table la grosse Bible du XVIe siècle, relique des ancêtres huguenots. Après la lecture à haute voix, toute la famille s’agenouillait pour prier ; puis chacun emportait dans sa chambre les galets chauds, enveloppés dans des sacs de tissu à motifs fleuris, pour garder les pieds au chaud jusqu’au matin.
Loti avait quelque chose de l’extravagance et des idées farfelues de Sarah Bernhardt ; sa maison de Rochefort surprend comme le fortin de l’actrice à la pointe des Poulains, à Belle-Île. Il possédait aussi une part de l’esprit de Colette, qui donnait une voix à ses chats ; sa relation aux souvenirs rappelle Proust et cette mémoire involontaire qui se déplie.

Comme les paperolles des manuscrits de Marcel Proust, les premiers journaux intimes de Loti avaient la forme de rouleaux couverts d’une écriture hiéroglyphique. Le petit Marcel Proust frappait des messages de réveil sur le mur qui le séparait de la chambre de sa grand-mère ; le petit Julien, devenu Pierre Loti, allait le matin gratter de ses ongles la porte de sa chère tante Clarisse.
Elle était sa fidèle et infaillible salvatrice lors de ses crises d’angoisse, quand il faisait ses devoirs, toujours au dernier moment. Elle cherchait pour lui des mots dans le dictionnaire, alla jusqu’à se mettre au grec pour pouvoir l’aider et, lorsqu’il devait copier de longues phrases de punition, prenait encore la tâche sur elle.
Le petit bassin de pierre, entouré de mousse et fabriqué par son frère Gustave, où se posaient des libellules bleues, occupait une place singulière. Le petit Julien, alias Pierre Loti, y apportait ses cahiers de devoirs, des cerises ou des raisins à grignoter. Au lieu de travailler, il passait son temps à rêver, à observer les cachettes des araignées et la marche des nuages dans le ciel breton.

Ce petit bassin lui devint si cher que, le 9 octobre 1866, lorsqu’il fit ses adieux à la maison, au jardin, au théâtre de Peau d’Âne et aux êtres chers en robes noires, puis monta dans le train pour Paris avec ses gants couleur beurre frais, très chic à l’époque, il l’emporta en lui. Plus tard, lorsqu’il embarqua sur le bateau de l’École navale à Brest, lorsqu’il navigua sur les mers et les océans du monde entier, ce petit lac du jardin de Rochefort resta profondément gravé dans son cœur.
« J’ai la nostalgie d’ici et d’ailleurs. Je voudrais être là-bas et ici. » (Pierre Loti)
L’écrivain, élu en 1891 à l’Académie française contre Émile Zola, mêlait dans ses notes de voyage la réalité et la féerie. Il portait en lui, et avec lui, la nostalgie du passé et des souvenirs d’enfance ; il fit de la maison de Rochefort son temple. Il éprouvait la mélancolie des vieux murs, des choses anciennes, du temps qui s’écoule ; il connaissait des tristesses qu’il ne savait pas expliquer.
Sur les bateaux ballottés par les vagues des océans, il pensait à la maison de Rochefort, aux femmes en robes noires, aux chats en quête de caresses, aux paniers de broderie et au petit ours de porcelaine posé sur le coin de la cheminée, dans la chambre de tante Clarisse. Lorsque l’ours cachait une praline pour le petit Julien, sa tête s’inclinait sur le côté. Loti pensait aussi au rayon de soleil qui savait égayer les vieux meubles de la maison.

« Les horizons démesurés se resserrent, tout se rétrécit doucement, et j’en arrive, en fait de nature, à presque oublier s’il existe autre chose que nos pierres moussues, nos arbustes, nos treilles et nos chères roses blanches… » (Pierre Loti)
Même s’il n’aimait pas son physique, même si, comme il le disait, il n’était pas son propre type, les femmes l’admiraient. Aux quatre coins du monde, il vécut des amours éphémères qui inspirèrent des récits et des romans devenus immortels. Madame Chrysanthème appartient au Japon, Aziyadé et Les Désenchantées à la Turquie, Ramuntcho à son amour du Pays basque, Le Roman d’un spahi au Sénégal ; Pêcheur d’Islande raconte l’histoire tragique d’un amour de marin breton.
C’est à Tahiti qu’il devint Pierre Loti, car un officier de marine ne pouvait écrire de fiction sous son propre nom. En amour, il papillonnait. Il disait à son ami Alphonse Daudet que, s’il avait eu une fille à marier, il ne la lui aurait pas donnée. Une belle Gitane l’avait initié à l’amour ; il fut aussi épris de Sarah Bernhardt et de la princesse Alice de Monaco.

La Turquie était son pays de prédilection ; il y retourna sept fois. Lorsque, dans le jardin du Luxembourg, Alphonse Daudet lui proposa une cigarette turque, il expira la fine fumée grise et s’extasia : « Oh ! tout ce qui s’éveille d’Orient dans ma tête, rien qu’à l’odeur de cette fumée ! » Bien plus tard, Alphonse Daudet évoquait encore ce souvenir : « Te rappelles-tu, mon Loti, notre première cigarette turque ensemble ? Les lilas du Luxembourg ? »
Parfois, en fin de vie, parmi toutes les richesses du monde, on tient surtout à une petite poupée sans corps, avec un noyau de cerise en guise de tête. Et le petit bassin, sous un vieux prunier du jardin attenant à la maison de Rochefort, peut devenir plus profond que toutes les mers et tous les océans du monde.
Crédits photo : Maria Danthine-Dopjerova / ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Maria Danthine-Dopjerova
Contact : maria@danthine.com


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