LA MAISON ENCHANTEE

Carte postale-rue Pierre Loti

 

loti-maisonLa maison de Pierre Loti. Une maison inspirée qui séduit et enchante. Palais des mille et une nuits s’émerveillent les uns, maison de collectionneur et de fétichiste affirment les autres. Mais d’un mot, d’une phrase, est-il possible de définir ce que Loti a voulu concevoir en son logis familial, au cours d’une trentaine d’années de retouches, de transformations et d’aménagements. Avec les objets rapportés de voyages, Loti a planté un décor exotique dans plusieurs pièces. Pagode japonaise et salle chinoise au rez-de-chaussée, salon turc et chambre arabe au second étage. Une salle-mosquée, faite de matériaux achetés en Syrie, se présente aussi comme la reconstitution d’un lieu saint de l’Islam. D’autres pièces ont été aménagées dans le goût de certaines époques historiques ; salle Renaissance enrichie de tapisseries du XVIIe siècle, salle gothique éclairée d’authentiques fenêtres ogivales. Le jardin lui-même s’enorgueillit de plantes et des arbustes ramenés des quatre coins du monde.

plaque maison natale LOTI - JX1953

Que la maison de Loti soit le reflet de sa vie de voyageur, c’est en partie vrai. On peut y retrouver ses itinéraires à travers les continents. Certains pays éloignés apparaissent dans un décor et une atmosphère que l’écrivain a restitués avec un souci de vérité. Mais il ne s’agit pas de la présentation d’un patrimoine artistique ou de la mise en valeur d’objets ethnologiques. La maison de ce voyageur épris de souvenirs ne saurait être comparée à un musée des Arts et Traditions populaires. Mieux qu’un musée, c’est une demeure de magicien où l’on rencontre sans cesse son âme. maison de Pierre Loti à RochefortLoti l’enchanteur l’anime entre deux voyages, reçoit ses hôtes de marque dans la salle gothique, les invite à dîner dans la salle Renaissance. La chambre arabe lui convient pour la nuit, tout comme la salle-mosquée où il aime se retirer pour rêver. Le marin-écrivain qu’il est continue ainsi de voyager dans les pays qu’il a réduits lui-même en son logis.

Cette maison des « ailleurs exotiques » est aussi la vieille demeure familiale. D’autres souvenirs s’y rattachent, plus intimes, plus secrets. Il y a bien sûr la vieille cour et le petit bassin à rocaille que Loti a vénérés toute sa vie. Mais dans la maison même, certaines pièces sont l’objet d’un culte du souvenir. Il s’agit de la chambre de sa mère et de la chambre de tante Claire. Là, tout est resté en l’état, dans le cadre où se sont reposées les chères vieilles femmes, jusqu’à leur dernier soupir. Dans ces alcôves où rien n’a été changé, le temps s’est arrêté. Le passé reste figé. Loti, lui, vieillit dans ce décor immuable. Le temps l’use, peu à peu, comme il estompe l’intérêt que l’on peut porter à certaines choses. Ces lieux-souvenirs invitent l’écrivain de moins en moins à la rêverie et au voyage. Et à la fin de sa vie, c’est surtout le pays basque et sa maison d’Hendaye qui l’attireront plus fréquemment.

 plaque musée maison natale LOTI - JX1953

Chronologie

  • XVIII    Construction de la maison (alors rue Saint Pierre)
  • 1802    Acquisition de la maison par le grand-père maternel de Pierre Loti
  • 1840    La maison est surélevée d’un étage
  • 1871   Julien rachète la maison à sa mère
  • 1877   Pierre Loti aménage la première pièce orientale (futur salon turc)
  • 1885   Transformation du salon familial, qui devient le Salon Rouge
  • 1886   Création de la chambre aux abeilles et de la Pagode Japonaise 
  • 1887   Création de la salle Gothique
  • 1895   Achat de la maison mitoyenne n° 139 de la rue Chanzy                                       
  • 1896   La chambre des momies (bibliothèque non accessible) est créée
  • 1897   La mosquée, le salon bleu et la salle renaissance sont achevés
  • 1897   Achat de l’autre maison mitoyenne, n°143 rue Chanzy
  • 1902   Création de la Salle Chinoise 
  • 1918   La rue « Chanzy » devient « Pierre Loti »
  • 1969   Samuel Pierre Loti Viaud vend la maison à la Ville de Rochefort
  • 1973   Premières visites de la maison 
  • 1990   Classement de la Maison au titre des Monuments Historiques
  • 2011   Labellisation Maison des Illustres

Plan de la maison de Pierre Loti

plan maison loti 2ème étage

Plan des divers étages de la maison de Loti, publié dans le journal l’Illustration du 31 décembre 1921. L’ensemble des deux immeubles et des jardins, tout en longueur, se trouve compris entre l’actuelle rue Pierre Loti et la rue Thiers. La maison familiale proprement dite ne comprend que la moitié des bâtiments, le grand jardin en moins. Elle est desservie directement par le vestibule et la vieille cour (voir plan du rez-de-chaussée). Après l’acquisition du deuxième immeuble, de nombreuses ouvertures ont été percées dans les murs mitoyens pour établir les communications nécessaires entre les maisons. Une porte permet également de passer de la vieille cour au jardin.

plan maison loti 1er étage

Loti a constamment modifié les pièces de sa maison, faisant abattre un plafond pour aménager la salle Renaissance, créant la salle chinoise à la place d’une ancienne cour intérieure. Un vieux chai est transformé en salle paysanne, avec porte ouverte sur la rue Thiers. De nouvelles fenêtres, percées dans certains murs extérieurs, permettent d’avoir un éclairage naturel dans la salle-mosquée du second étage. De nombreux escaliers, anciens et nouveaux, traversent les étages en tous points. L’un monte à la tribune de la salle Renaissance, l‘autre à la salle gothique, repartant dans l’épaisseur des murs pour déboucher dans d’autres salles. Une galerie de bois, montée en encorbellement sur la vieille cour, relie extérieurement le salon turc à la tribune de la salle gothique.

plan maison loti RDC

La maison de Loti apparaît suffisamment complexe dans son agencement pour qu’il soit utile de se référer le plus possible à ces plans.

La vieille cour

Maison Loti vieille cour

Dans son ouvrage Le Roman d’un enfant, Loti rappelle ses souvenirs de jeunesse, son attachement à la maison familiale, la vieille cour et le petit bassin construit par son frère Gustave en 1858. « C’était au fond, écrit-il, dans un recoin charmant, sous un vieux prunier, un lac miniature. Il l’avait fait creuser et cimenter comme une citerne. Ensuite, de la campagne, il avait fait apporter des pierres rongées et des plaques de mousse pour composer des rivages romantiques alentour, des rochers et des grottes. » Beaucoup plus tard, en 1897, dans le voisinage verdoyant du bassin, Loti a créé un décor médiéval appelé le cloître, architecture d’arcades gothiques prenant appui sur le mur du jardin.

Maison Loti-Cloître

La photo ci-après montre l’extrémité du corps de logis de la maison familiale, côté vieille cour. Au-dessus d’une salle éclairée par des baies de style gothique, deux fenêtres à petits carreaux signalent la « chambre rose », petite pièce aménagée au second étage, dans les combles. C’est là que se retirait Juliette Adam ou la princesse de Monaco lors d’un séjour à Rochefort. Cette chambre a été détruite. Un toit surbaissé protège désormais la salle gothique. Par contre, le reste de ce second étage subsiste, comprenant en particulier le salon turc, la chambre arabe et la mosquée.

Maison Loti-Vieille cour-fenêtres gothique

Au cours de l’année 1893, Loti a transformé en salle paysanne un ancien chai situé au fond de la vieille cour. Murs blanchis à la chaux, une longue table sur tréteaux, plusieurs bancs disposés sur le sol carrelé à l’ancienne, un vaisselier et un potager ancien, une pendule de parquet, voilà les éléments caractéristiques d’une cuisine saintongeaise. Pour compléter ce décor rustique : un fusil et quelques gourdes accrochés à la cheminée, un tenailler fixé au plafond pour conserver les gros pains de six livres. Une porte à petits carreaux ouvre sur la rue Thiers, mais une autre porte a été percée afin d’établir une communication avec la maison voisine achetée en 1895. Actuellement cette salle paysanne n’existe plus.

Salle paysanne

 Le salon Rouge

Desservi par le vestibule d’entrée, le salon Rouge est la première pièce que l’on visite. Lieu de repos et de veillées de la famille Viaud, il a été meublé bourgeoisement. Une galerie de portraits orne les murs. Tapis et lourdes tentures absorbent les bruits, imposent une ambiance grave aux soirées. Les murs et les portes se présentaient à l’origine dans des tons bruns, réhaussés de filets d’or mat. Mais vers 1855, Loti a détruit l’aspect suranné de l’ancien salon familial, le regrettant d’ailleurs par la suite, pour lui apporter l’ameublement et le décor que l’on remarque actuellement. A la place des meubles de famille, l’écrivain a surtout introduit des sièges et des commodes de style Empire, habillant les murs de velours cramoisi.

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 Salon rouge1

Une porte est ouverte sur l’ancienne salle à manger transformée en « pagode japonaise ». Deux tableaux représentent Pierre Loti en tenue de lieutenant de vaisseau. Le portrait de gauche a été peint en 1895 par Edmond de Pury ; l’autre est signé Pierre Bellet, présenté par ce peintre au Salon de 1896. Le portrait de Ninette enfant, peint par sa mère, repose sur un meuble bas.

Salon rouge2

La salle Japonaise

« En fouillant des bric-à-brac, j’ai pu rapporter un chargement de vieilleries drôles qui avec mon pillage de Ma-kung, vont me compléter un appartement tout à fait unique. »

En 1886, Loti est de retour de la campagne de Chine. Six cents kilos de bagages l’ont accompagné, des « chinoiseries » comme il dit, déballées aussitôt dans la vieille cour. Loti note alors que « tous ces bibelots, toutes ces défroques de mandarins, exposés pêle-mêle dans le ciel d’hiver, donnent à la pauvre cour un aspect d’arrière-boutique de fripier ».

L’écrivain aménage alors l’ancienne salle à manger pour donner un cadre approprié à ses objets d’Extrême-Orient. Il repeint les murs et les plafonds en noir, les rehausse de filets dorés. C’est sans doute dans cette « pagode japonaise » que vont s’entasser des coffres laqués de rouge et des tables aux pieds griffus. Une multitude de bibelots, vases cloisonnés, brûle-parfums, potiches contenant des fleurs séchées, s’accumulent sous les lanternes de papier rouge qui descendent du plafond. Une divinité aux nombreux bras se tient assise sur un autel. Un mannequin, vêtu d’une robe de dignitaire, semble veiller sur des collections d’étoffes précieuses, d’armes étranges et de bronzes dorés.

Salle japonaise01

A la fin de sa vie, Loti ne faisait plus aucun cas de ces « souvenirs » entassés dans la « pagode ». Après sa mort, meubles et objets seront dispersés dans une vente aux enchères, la salle japonaise étant alors transformée en cabinet de travail par Samuel.

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 Le salon Bleu

Le salon Bleu, dénommé salon Louis XVI, aménagé dans la maison acquise en 1895. C’est la pièce favorite de Blanche.

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La salle Renaissance

En écartant d’épaisses tentures on quitte le salon Bleu pour entrer dans la salle Renaissance. Très haute de plafond, cette salle s’élève jusqu’au second étage de l’immeuble. Loti l’a conçue en 1896, apportant un soin particulier à son agencement et aux communications avec les étages supérieurs. Une tribune à mi-hauteur, accessible par un escalier à petites volées, constitue l’antichambre des pièces situées au-dessus du salon Bleu. Dans cette tribune, en mai 1911, Loti à fait installer « son piano d’enfant remis à neuf après un silence de trente à quarante ans ».

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La salle Renaissance semble avoir été édifiée sans tenir compte de l’échelle humaine. Tout y est grand, démesuré, à l’instar des grands châteaux. Un escalier monumental se perd dans le plafond à caissons. Chaque palier dessert soit une tourelle, soit la chambre gothique, ou bien encore un couloir qui conduit à la mosquée. Cet escalier possède une entrée remarquable que gardent deux lions de pierre assis sur de forts piliers. Sur le côté, une porte donne accès à la salle chinoise, suffisamment basse de plafond pour ne pas gêner l’éclairage de la salle gothique, celui-ci se faisant aux moyens de grandes verrières à vitraux clairs.

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La salle Chinoise

En 1902, afin de créer une nouvelle salle, Loti fait couvrir une petite cour intérieure contiguë à la salle Renaissance. Ce local est aujourd’hui disparu. Là, avaient été disposés les meubles et les objets rapportés de Chine, surtout ceux provenant du pillage de Pékin. Richement décorés de motifs orientaux, un plafond à gradins repose sur des colonnes peintes en rouge. Sur le côté de la salle s’élève un trône laqué rouge et or, celui de Tseu-Hi, l’Impératrice de Chine. Non pas le trône de cérémonie, mais un plus petit, pour les « audiences bon enfant ». Un paravent monumental y est adossé, dont les cinq grands vantaux, doublés de miroir, multipliaient l’image de l’Impératrice devant ses courtisans. De part et d’autre de ce trône impérial, se dressent deux écrans de plume montés sur une longue hampe, symboles de souveraineté.

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La salle Gothique

Au 1er étage de la maison familiale, une salle gothique a été aménagée en 1888 dans l’ancien atelier de Marie, la sœur de Loti. Dans son ouvrage Prime jeunesse, l’écrivain rochefortais a décrit l’état antérieur de cette « grande pièce, haute de plafond, qui donnait par de larges baies sur la cour et les jardins du voisinage ». Il a précisé aussi qu’aux murailles peintes couleur bronze, étaient accrochées les études et quelques copies vraiment remarquables que Marie avait faites au Louvre. Sur les étagères s’alignaient des plâtres, des bustes, des moulages de figures antiques. Au cours de la transformation de cet atelier, deux grandes baies en ogives ont été ajoutées sur le petit côté ouest. Ce sont d’authentiques arcades, d’époque gothique, découvertes et achetées à Marennes. Leur provenance exacte reste encore inconnue. Reconstituées et garnies de vitraux clairs, elles apparaissent semblables aux verrières d’un nef d’église.

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Sous le plafond décoré de chevrons blancs, s’élève une grande cheminée en noyer sculpté, crénelée à mi-hauteur. Un assemblage de carreau de faïence, à fleurons jaunes, garnit l’intérieur du foyer. De vieux meubles de qualité voisinent avec un bric-à-brac de chaudrons, de pots d’étain et d’objets neufs en fer forgé.

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A gauche de la cheminée, sous les authentiques fenêtres à décor flamboyant, Loti est assis sur un siège à dosseret très élevé. C’est dans cette salle à manger, inaugurée en 1888, que l’écrivain a reçu ses invités lors du célèbre « Festin Louis XI ».

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A l’opposé des fenêtres de style flamboyant, une tribune est accessible par un escalier proche de la porte d’entrée. Elevée au niveau du second étage de la maison familiale, elle communique avec le petit musée où Loti enfant avait réuni ses collections de papillons et de coquillages. Par l’extérieur de la maison, grâce à une galerie de bois construite sur la vieille cour, elle est également reliée au salon Turc. Enfin, à l’extrémité gauche de cette tribune, quelques marches d’escalier se perdent dans le plafond et conduisent à la chambre Rose aujourd’hui détruite.

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La Mosquée

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Intérieur de la salle-mosquée vu depuis le couloir qui dessert la chambre arabe et le salon turc. On accède aussi à cette immense salle par l’escalier monumental de la salle Renaissance. Au second étage se trouve donc cette mosquée, impressionnante par ses hauts murs couverts de faïences orientales, ses arcades mauresques reposant sur des colonnes de marbres roses, ses tapis et ses nombreux coussins répartis sur le sol dallé. C’est une mosquée véritable, reconstituée en partie avec des matériaux achetés en 1894 en Syrie, lors du voyage de Loti en Terre Sainte.

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 « Je l’ai faite des faïences d’une mosquée de Damas qu’on démolissait et dont j’ai acheté tous les débris pour quinze mille francs, pas un sou de plus. D’honnêtes contrebandiers m’ont apporté mes faïences jusqu’à Rochefort, pour une rémunération grotesque. »

Au milieu du mur principal et flanquée de deux lampadaires géants et bulbeux, une niche peu profonde mais élevée représente le mihrab, lieu saint des musulmans. Loti y a placé deux corans, ouverts sur un pupitre. Sur le sol dallé de marbre, plusieurs catafalques drapés d’étoffes soyeuses apportent une note grave dans ce décor oriental.

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« Cette maison de Rochefort est orientée nord-sud, en sorte que je n’ai pas pu placer mon mihrab exactement face à la Mecque. Et vous savez que je ne crois pas en Dieu. Mais cette faute rituelle me gêne tout de même pour faire mes prières. »

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Au milieu de la salle mosquée, se remarquent un petit bassin rectangulaire et une vasque de pierre nécessaire aux ablutions rituelles des musulmans. Dans la partie surélevée que limite une galerie à arcades, une sorte de divan a été installé sous un dais de feuilles de palmiers. C’est « le coin où l’on attend l’amie », disait Loti.

« Des fleurs invisibles mêlaient leurs parfums à ceux des cassolettes, et le silence n’était troublé que par le frêle murmure de l’eau dans la fontaine des ablutions…Installée sur les coussins d’un divan, j’étais comme transportée dans un monde lointain de beauté et de calme enchantement. Je me taisais, recueillie, me laissant pénétrer par les choses » Alice-Louis Barthou, La maison enchantée).

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La stèle d’Aziyadé se dresse dans un décor d’arcades et de colonne de marbre. De teinte vert amande, elle s’arrondit au sommet en une corbeille fleurie, signe distinctif des sépultures de femmes turques. En 1905, Loti l’a ramenée de Turquie, laissant une copie exacte dans le cimetière de Topkapi. Du vivant de l’écrivain, une veilleuse accrochée à la plaque funéraire donnait une petite flamme douce, symbole du souvenir fidèle.

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En 1907, Loti a fait élever sur le toit de la maison familiale, en une sorte de trompe-l’œil, la pointe d’un haut minaret. Hommage rendu à la fille de son ami Mustapha Kamel Pacha, princesse égyptienne venue rendre visite à l’écrivain rochefortais.

Le salon turc

Le salon turc, aménagé en 1877 et plusieurs fois modifié jusqu’en 1888. Pierre Loti, en guerrier arabe, se tient assis au fond de la pièce, devant une immense draperie orientale. De riches tapis de laine s’étalent sous ses pieds, de nombreux coussins de soie brodée sont dispersés alentour. Dans ce décor feutré, l’écrivain a également disposé une panoplie d’armes arabes, poignards à lame courbe et fusils recouverts d’argent.

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En novembre 1877, Loti a commencé l’aménagement de l’ancienne chambre de tante Lalie. Je l’ai meublée, dit-il, « d’une manière à peu près turque, avec des coussins de soie d’Asie et les bibelots que l’incendie de ma maison d’Eyoub et les usuriers juifs m’ont laissés. Et cela rappelle de loin ce petit salon tendu de satin bleu et parfumé d’eau de rose que j’avais là-bas, au fond de la Corne d’Or ». Cependant le premier aspect de cette chambre turque ne satisfait point l’écrivain. Il se désole. « Ce n’est pas l’Orient, écrit-il, j’ai eu beau faire, le charme n’y est pas venu, il y manque la lumière, un je ne sais quoi du dehors qui ne s’apporte pas. » Toutefois, il s’ingénie à embellir ce salon avec l’aide de sa mère et de tante Clarisse qui arrangent les tentures et les coussins d’Orient, « toutes choses qui vont composer bientôt un petit appartement où il sera possible de s’enfermer pour rêver ». Peu à peu, cette chambre se transforme en salon oriental. Un plafond à pendeloques de stuc peint, inspiré de l’Alhambra de Grenade, complète les dernières transformations.

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Loti dans le salon turc, adossé à une arcature mauresque, côté couloir. On devine en arrière-plan, l’entrée de la chambre arabe.

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Niche sanctuaire pour mettre le portrait d’Aziyadé en valeur. Ce portrait miniature a été peint à l’huile par la sœur de Loti. Pour l’exécution de cette œuvre, Marie s’est probablement inspirée des dessins que Julien avait crayonnés lui-même auparavant.

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La chambre arabe

Dès le 22 janvier 1884, Loti note dans son Journal Intime « que les mains pleines de plâtre, il dirige la construction de la chambre arabe où seront plaquées aux murs des faïences prises dans la kasbah d’Alger ». A cette époque, la maison voisine n’est pas encore acquise. L’écrivain ne pense pas, faute de place et de matériaux d’origine orientale, à l’aménagement d’une salle-mosquée. Plus tard, dans une lettre adressée le 15 avril 1884 à son ami Emile Pouvillon, l’auteur d’Aziyadé apporte des précisions sur la petite chambre attenante au logis turc. Il y aura, dit-il, de la chaux blanche aux murs, de vieilles ogives usées et jusqu’à de vieux corans et des babouches traînant par terre sur les tapis et les nattes. » De quoi lui donner « un bon air d’Islam ».

Jusqu’à mi-hauteur des murs badigeonnés de blanc, Loti a tendu des tissus de laine à motifs géométriques, les tons rouges s’accordant aux tapis orientaux qui recouvrent le sol. Au-dessus, un décor d’arcatures aveugles, petites et grandes plaquées sur les murs, encadrent les vieux carreaux d’émail achetés dans la kasbah d’Alger. On peut remarquer une petite baie munie d’une grille métallique. Son guichet à jour permet de jeter un regard discret dans le couloir.

Le cliché ci-dessous montre Pierre Loti en guerrier arabe, allongé sous cette curieuse petite fenêtre. Une lampe à huile accrochée au mur, un service à café sur table hexagonale, complètent ce décor oriental.

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Près de la porte de cette chambre une pierre tombale attire le regard, étonne. Le goût du morbide a poussé l’écrivain à dresser là, comme dans un cimetière, une authentique stèle arabe, mobilier funéraire évocateur de l’Islam.

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La chambre arabe et le salon turc se font face, séparés seulement par le petit couloir d’entrée de la mosquée. Le cliché ci-dessous, pris dans l’alignement des portes, laisse apercevoir dans la pénombre, une partie du salon turc.

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 Au fond de la chambre Arabe, une porte conduit à une petite pièce ayant fenêtre sur rue. C’est l’ancien cabinet de travail que Loti utilisa dans les années 1870-1880. Accrochés aux murs et au plafond, quelques masques d’Extrême-Orient, grimaçants. Un autre, paré de plumes, au nez trapu et bouche largement fendue, est d’origine océanienne. Partout d’innombrables bibelots sont posés sur la cheminée ou sur la commode. Des photographies de femmes, dans leurs cadres richement ornés, encombrent le bureau. Une maquette de bateau est visible dans une vitrine.

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La chambre des momies

En gravissant quelques marches, on quitte le cabinet de travail pour aller dans la bibliothèque. Cette pièce en longueur est dite aussi « chambre des momies » en raison de quelques créatures hallucinantes de la vallée du Nil, achetées à Paris et placées là, dans des vitrines. Comme le cabinet précédent, ce local déborde de bibelots, de cadres photographiques et de reliures alignées dans les rayonnages. Du plafond descendent des animaux naturalisés, poissons ventrus, oiseaux sans plumes, terrifiants.

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Ci-dessous : un couvercle de sarcophage égyptien apparait debout dans une vitrine. D’autres armoires vitrées contiennent quelques « momies aux cheveux roux, brûlées par les millénaires ». On a dit que l’écrivain « éprouvait une sorte de volupté à saisir l’imperceptible recul des visiteurs » lorsqu’il dévoilait ces têtes parcheminées et hideuses.

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La chambre de Pierre Loti

Une chambre blanchie à la chaux, volontairement austère comme une cellule monacale, s’oppose à la richesse décorative des autres pièces. Lieu de réflexion grave où rien ne peut distraire l’esprit, Loti y travaillait plus qu’il n’y dormait. Près du lit en fer, simple et étroit comme une couchette de navire, quelques objets résument une partie de la vie de l’écrivain : un révolver et un sabre d’officier, un fleuret d’escrime et des haltères. Le crucifix et l’image pieuse apparaissent comme les symboles de son attachement à la religion chrétienne bien qu’il ait perdu la foi de ses ancêtres.

Chambre Loti 5x

 

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couverture Pierre Loti l'enchanteurLes textes et photographies sont de Christian Genet et Daniel Hervé in « Pierre Loti l’enchanteur » La Caillerie Gémozac – juillet 1988.

 

 

 

 

 

La maison de Pierre Loti est fermée depuis 2012

Travaux de restauration maison LOTI Rochefort 26 février 2016 - JX1953

 

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logo Rochefort

La rénovation de la maison de Pierre Loti

La maison de Pierre Loti est l’une des rares maisons d’écrivain qui possède encore son mobilier d’origine et conserve toute son authenticité. La rénovation devra impérativement préserver cette âme, tout en favorisant une meilleure conservation et un accès simplifié pour le public.

Une étude dite de conservation a été réalisée par une société spécialisée, afin de faire un constat d’état général sur les collections de la Maison de Pierre Loti. La difficulté première étant la diversité des objets, nécessitant le diagnostic de nombreux experts.

La maison de Pierre Loti, initialement lieu d’habitation, n’a pas été conçue malgré les quelques fêtes mémorables organisées du temps de Loti, pour recevoir du public en continu et conserver des œuvres fragiles de manière pérenne. L’écrivain voyageur vivait en effet dans l’instant, souhaitant que rien ne lui survive réellement. Cet ensemble présente aujourd’hui de graves altérations, liées à plusieurs causes parmi lesquelles la plus irrémédiable : l’âge… 

Ces quelques lignes sont issues du site de la ville de Rochefort sur mer que nous vous conseillons de visiter en cliquant sur le lien suivant : http://www.maisondepierreloti.fr/travaux

Musée Hèbre RochefortVous pouvez retrouver la Maison en 3D et des collections exceptionnelles appartenant à Pierre Loti au Musée Hèbre de Saint Clément, 65 avenue du Général de Gaulle à Rochefort sur mer. Renseignements : 05 46 82 91 60

 

 

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien : https://www.ville-rochefort.fr/espace-pierre-loti

 

Pour visiter virtuellement la maison de Pierre Loti, cliquez sur les liens qui suivent :

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=5E5tnn5RWvA

 

Rendez-vous aussi à la rubrique « actualités récentes » sur le site de l’AIAPL, tournez les pages et consultez tout ce qui a trait à la restauration de la maison de Pierre Loti.