Bakar Etxea (la maison du solitaire)

Bakar Etchea-1

Bakar-côté rue

Initialement baptisée Adamena, du nom du précédent commandant l’ayant occupé, cette maison est édifiée en 1860 pour le docteur d’Hendaye, Étienne Durruty, qui la loue aux officiers mutés sur la Bidassoa.

Pierre Loti acquiert la villa Adamena en 1904. Avant cette date, il y séjourne comme locataire en raison de son statut d’officier de Marine. C’est lui qui la rebaptise Bakar Etxea, la Maison du Solitaire. En 1914, il commande des travaux pour lui conférer une esthétique plus traditionnelle de la région, ce qui lui donne à première vue un style néo-basque.

Hendaye-Maison Loti 1910

 

Bakar-Bidassoa

 

Intérieur Bakar Etchea-1890-

Intérieur de Bakar Etxea-1890

Intérieur Bakar Etchea-26 sept 1897

Intérieur de Bakar Etxea-26 sept 1897

Intérieur Bakar

Modeste maison  que l’on aperçoit au bord de la Bidassoa, à côté des ruines de l’ancienne redoute. Celui qui en fit sa demeure n’était pas Hendayais ; mais les deux noms « Hendaye » et « Pierre Loti » sont devenus inséparables et on ne peut prononcer l’un sans penser à l’autre. Voici dans quelles circonstances Loti fut amené à connaître Hendaye :

Maison Loti-Villa Mauresque

Pierre Loti, nommé au commandement de la station navale d’Hendaye, s’installe dans cette modeste maison en décembre 1891. Très rapidement séduit par le Pays basque, ses habitants et leur mode de vie, il achète la maison et fait exécuter des travaux afin de recevoir confortablement les personnalités les plus éminentes de son temps.

hendaye-chateau-abbadia-astronomie

Hendaye – Château d’Abbadia

À l’exemple du président Raymond Poincaré, d’Anatole France ou encore de Francis Jammes, il était par ailleurs très proche des châtelains d’Abbadia.

Bakar Etchea-côté Bidassoa-Récente

La maison bordée de son jardin, vue d’ensemble est. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

 

Pierre Loti, officier de marine déjà célèbre, fut  nommé académicien le 21 mai 1891. Il sollicita du ministre une affectation à un poste qui lui laisserait tout loisir de poursuivre ses activités littéraires et obtint le commandement du «Javelot», petite canonnière basée à Hendaye.

23 - Le JAVELOT

1892 Hendaye . à bord du Javelot

1892 – Hendaye, à bord du Javelot

 

Hendaye. 1892. Loti commandant du Javelot, stationnaire de la Bidassoa. Il pose avec son fils Samuel qui a deux ans.

Hendaye. 1892. Loti commandant du Javelot, stationnaire de la Bidassoa. Il pose avec son fils Samuel qui a deux ans.

 

vue aérienne Bidassoa

 

Il loue une maison modeste, sans commodités, mais est immédiatement séduit par la vue magnifique que l’on a depuis les terrasses. Il s’attache rapidement au Pays basque, à ses habitants et à leur mode de vie

 

Vue depuis la demeure vers la Bidassoa et Fontarabie. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

Vue depuis la demeure vers la Bidassoa et Fontarabie. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

 

La maison reste un lieu de villégiature, magnifié par le paysage incomparable qui s’étend depuis les terrasses et par un exceptionnel jardin quasi-tropical.

 

L'allée menant à la tourelle centrale. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

L’allée menant à la tourelle centrale. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

Jardin, allée reliant la demeure au portail. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

Jardin, allée reliant la demeure au portail. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

 

La tourelle centrale vue de la tour nord. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

La tourelle centrale vue de la tour nord. GUERIN Gil ©CRMH Aquitaine

 

Loti appréciait ce lieu de travail – son bureau était situé dans la tourelle principale – et de rêverie – C’est de là qu’il rédigea « Ramuntcho », l’histoire de ce contrebandier et de ses amours tristes.

Publié en 1892, le roman décrit un Pays basque exotique, où l’on danse et où l’on joue à la pelote au grand dam des défenseurs d’une identité basque qui lui reprochent cette image folklorique.

 

Ramuntcho-livre

Loti-Pelote basque

 

Loti-Balcon

 

Au-devant de la tour nord, porte d'accès pour les barques.

Au-devant de la tour nord, porte d’accès pour les barques.

 

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Pierre Loti, sur ce balcon de sa maison, Bakar-Etxea, à la vue imprenable sur la baie. PHOTO DR

 

la tourelle Bakar

Les charmes du Pays basque ont toutefois vite agi sur le manque d’attirance initial de l’écrivain pour sa région d’adoption. Très vite, la contrainte se mua en histoire passionnée. Au point que, pourtant marié, il chercha une compagne issue du pays, pour fonder une seconde famille, illégitime. Il entraîna dans l’aventure une jeune femme basque qu’il installa dans sa ville natale, Rochefort, au mépris des conventions. Son désir, mâtiné d’eugénisme, visait à mêler son sang à celui « d’une race » qu’il admirait.

Crucita

Cruz Gainza (1867-1949), d’origine basque espagnole. Après la mort de Loti en 1923, elle ira s’installer à Biarritz.

 

En 1891, quelques années après son mariage avec Blanche, Loti prend le commandement du Javelot, navire de la station navale d’Hendaye. Dès lors, il va s’attacher au pays de Ramuntcho autant qu’à sa province natale.

Loti a désiré avoir de enfants de race basque.

Une jeune fille d’Hendaye, Cruz Gainza, dite Crucita, de 17 ans de moins que lui, accepta de le suivre à Rochefort. Il l’installa discrètement dans une maison de faubourg, ayant le soin de pourvoir à tous ses besoins matériels.

De cette union sont nés trois fils illégitimes : Raymond (1885-1926) ; Lucien, dit Edouard (1887-1975) ; et Fernand, dit Léo (18 février 1900-14 février 1901), dernier enfant qui mourut en bas âge.

Sur sa famille basque, Loti a fait une allusion discrète dans l’ouvrage « Quelques aspects du vertige mondial », réservant surtout ses pensées intimes à son « pauvre petit, aux larges yeux de poupée, qui ne fit qu’une courte visite aux choses de ce monde ».

Crucita Gainza et Pierre Loti

Depuis quelque temps un plan germait dans l’esprit de Loti. S’il ne pouvait retourner à Hendaye, il pouvait tout au moins fonder une famille basque, il voulait mêler son sang à celui de cette race splendide. Il savait qu’une seconde famille, d’origine basque ne pourrait porter son nom, ni être reconnue de façon officielle.

Un certain nombre de jeunes filles possibles s’étaient récusées ; elles refusaient de prendre part à une comédie compliquée pour tromper leur famille. Il était convenu, avec le Docteur Durruty, que la candidate devait feindre d’entrer en son service à Paris (l’emploi de domestique étant un mode de vie respectable, aucun parent ne ferait objection). Mais en réalité, la jeune fille choisie prendrait le chemin de Rochefort, où l’on s’engageait à l’établir de façon confortable, quoique modeste, à quelque distance de la rue Saint Pierre. Il montrait son indifférence à l’opinion de sa ville natale et à la détresse de sa femme, il passait outre aux conventions. Il avait décidé d’y installer un second ménage et il y réussit.

En septembre 1894, Crucita Gainza quitta son pays natal pour vivre dans une modeste maison à Rochefort. Crucita, très religieuse et très chrétienne, vivait pleine de remords, allant sans cesse à l’église. Il est impossible de deviner ce qui fit consentir Crucita à cette situation. Elle avait peu d’amis, elle était loin de Hendaye, seule avec ses deux enfants, que Loti avait désirés. Loti ne fit qu’une fois référence à sa seconde famille.

Au début de 1896, Pierre Loti fut  nommé une seconde fois à Hendaye  pour prendre le commandement du Javelot. Sa mère, Blanche et Samuel, les deux domestiques, le suivirent  et se réinstallèrent  à Bakar Etxea. Pierre Loti devait passer encore deux ans à Hendaye comme commandant du Javelot. Pendant ce temps là, Crucita demeura en solitaire, à Rochefort. Blanche n’apprit pas cette liaison dès le début. Loti se sentait plus basque que jamais, avec la présence de Crucita à Rochefort. Mais il est évident que Crucita et ses enfants ne représentaient qu’une très petite part de sa vie sociale ; c’étaient des figures encore plus marginales que Blanche et son fils. Crucita n’entra jamais en relation avec la famille de Loti. Catholique papiste, elle était méprisée, surtout par la sœur de Loti, protestante exaltée. Crucita et Blanche n’arrivaient pas à s’entendre. Mais Marie, la sœur de Loti ne pardonnait pas à Crucita d’élever ses enfants dans la foi catholique : « papiste, batards de papiste » lançait-elle d’une voix hargneuse. Pour Samuel, les deux fils (Raymond et Edmond), que son père avait eus de Crucita étaient  restés en dehors du cercle familial, bien que Loti ne les eût pas reniés. Celui-ci les rassembla dans une photo de famille, qu’il appela  « Loti et ses trois enfants« . Raymond avait choisi de faire carrière dans la Marine marchande, Edmond avait préféré l’armée.

 

Loti et ses fils

Loti en compagnie de ses trois fils dans la cour de la maison de Rochefort (sept. 1912). De gauche à droite, Lucien Gainza, dit Edmond ; Samuel Viaud ; Pierre Loti et Raymond Gainza.

 

Depuis Rochefort, sa ville natale, il écrivait en effet, à un ami au mois de décembre 1895 :

« Autrefois, j’étais un admirateur passionné de ce petit coin du monde ; j’en ai bien rabattu, mais j’aime encore ces montagnes de Guipuscoa, derrière lesquelles j’ai vu, pendant trois ou quatre ans de ma vie, se coucher le soleil, il est donc possible que l’été prochain je revienne par là… »

Voici quelques lignes, peu connues, qui sont ses adieux au Pays Basque, lorsqu’il le quitta pour entreprendre une campagne dans les mers de Chine :

Adio Euskualleria

« Partir ! Dans quelques jours, dans très peu de jours, serai loin d’ici. Et il y a, pour toute âme humaine, une intime tristesse à s’en aller de tel ou tel coin de la terre où l’on avait fait longue étape dans la vie. Elle avait duré six ans, mon étape imprévue au Pays Basque ; il est vrai, avec des intermèdes de voyages en Arabie ou ailleurs, mais toujours avec des certitudes de revenir. Et je gardais ici une maisonnette isolée qui, pendant mes absences, restait les volets clos ; où je retrouvais, à mes retours, les mêmes petites choses aux mêmes places ; dans les tiroirs les fleurs fanées des précédents étés… Lentement je m’étais attaché au sol et aux montagnes de ce pays, aux cimes brunes du Jaïzquibel perpétuellement dressé là, devant mes yeux, en face de mes terrasses et de mes fenêtres. Quand on devient trop las et trop meurtri pour s’attacher aux gens, comme autrefois, c’est cet amour du terroir et des choses qui seul demeure pour encore faire souffrir… Et j’ai un délicieux automne cette année, pour le dernier. Les chemins qui, de ma maison, mènent au mouillage de mon navire, sont refleuris comme en juin. C’est là-bas, ce mouillage, au tournant de la Bidassoa, contre le pont de pierres rousses, décoré des écussons de France et d’Espagne, qui réunit, par-dessus la rivière, les deux pays amis et sans cesse voisinants. Très refleuris, au soleil de novembre ces chemins qui, presque chaque jour, aux mêmes heures, me voient passer ; ça et là des brins de chèvrefeuilles, de troènes ou bien des églantines émergent toutes fraîches d’entre les feuillages rougis. Et les grands lointains d’Océan ou des Pyrénées qui, par-dessus les haies, apparaissent en un déploiement magnifique, sont immobiles et bleus. Et de là-bas où je serai bientôt, l’Euskualleria que j’ai habité six ans, m’apparaîtra, dans le recul infini, comme un tranquille pays d’ombre et de pluie tiède, de hêtres et de fougères, où sonnent encore le soir, tant de vénérables cloches d’églises. »

Villa mauresque et Bakar aujourd'hui

La mort a surpris Loti dans sa maison d’Hendaye le 10 juin 1923. les funérailles devant avoir lieu à Rochefort, la dépouille mortelle est conduite à la gare où un wagon a été réservé dans le train de Bordeaux. Le cliché ci-dessous montre le cortège funèbre à la sortie de Bakar Etxea. D’anciens matelots du Javelot, Osman Daney, Edmond Gueffier, Lucien Labèguerie et Simon Sancès, de même Léo Thémèze et le Dr. Durruty, tiennent les cordons du poêle.

Cortège funèbre Bakar Etxea

Cliquez sur ce lien :

 

Amours basques de Pierre Loti-Journal intime de Pierre Loti-André Moulis

 

Sare est devenue célèbre dans la mémoire collective grâce à Pierre Loti qui a plusieurs fois visité le village au début du XXe siècle. 

 

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Dans son roman Ramuntcho, Sare apparaît sous le nom d’Etchezar, et l’église Saint-Martin est évoquée :

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« […] la cloche d’Etchezar, la même chère vieille cloche, celle des tranquilles couvre-feu, celle des fêtes et celle des agonies, sonnait joyeusement, au beau soleil de juin. Le village était tendu partout de draps blancs, de broderies blanches, et la procession de la Fête-Dieu défilait très lente, sur une verte jonchée de fenouils et de roseaux coupés dans les marais d’en-bas. Les montagnes paraissaient proches et sombres, un peu farouches avec leurs tons bruns et leurs tons fauves, au-dessus de cette blanche théorie de petites filles cheminant sur un tapis de feuilles et d’herbes fauchées […]. »

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Ascain , village rendu célèbre notamment par la venue de Pierre Loti en terre Basque au XIXè siècle.

 

Plaque Loti-hôtel Rhune-2

 

Hôtel de la Rhune

Grâce à ses nombreux séjours à l’hôtel de La Rhune et à son amitié avec son propriétaire, Jean-Pierre Borda (dit Otharré), célèbre pelotari pratiquant la chistera (Ascain 1866-1922), Pierre Loti donne un cadre, des personnages et des couleurs à son roman « Ramuntxo » (1896) qui va devenir un best-seller et populariser une certaine image du Pays basque et d’Ascain.

 Hôtel Rhune-fronton pelote basque

affiche Ascain

 

Vous pouvez cliquez sur ce lien pour consulter le résumé du voyage 2014 au pays basque :

 http://pierreloti.eu/?cat=75